1625 – 1629

Le seul fils vivant du Général lui succédait à la tête des fiefs de Couzeix, de Compreignac « et autres lieux » disent les documents. Il serait long et fastidieux d'énumérer l'ensemble des possessions de cette branche de la famille. Mais à l'occasion de l'étude de la vicairie qu'elle entretenait à l'église Saint-Pierre du Queyroix, j'ai recensé plus de quarante maisons, dont la plus importante, la « maison du pressoir » était celle du « général », bien qu'il ait élu pendant un certain temps domicile au consulat de Limoges.

Pierre Benoist avait hérité, dit le nobiliaire de Nadaud, de la valeur et de la charge de son père. Il avait été d'abord conseiller et lieutenant particulier, assesseur criminel en la sénéchaussée et siège présidial de Limoges ; il résigne cet office en 1617 en faveur de son beau frère, prenant la suite de son père, comme Président Trésorier de France au bureau des finances de la Généralité de Limoges. Son père avait une charge anoblissante pour son héritier, il en était « revêtu » lorsqu'il est mort, son fils pouvait donc être qualifié de noble, lui et sa descendance. Henri IV avait institué la « Paulette », impôt destiné à faire en sorte que les enfants dont les pères avaient des charges ne soient pas obligés de payer à nouveau l'achat de la charge à la mort de celui-ci. Cela faisait rentrer de l'argent frais dans les caisses de son royaume. Et celui qu'on appelle le « bon roi Henri » a quand même emprunté beaucoup d'argent pour que se terminent la Ligue et les conflits annexes et cet argent emprunté à des pays étrangers, a du être remboursé et ceci sous forme d'impositions extraordinaires mais élevées. Les consuls de Limoges ont bien protesté, voire même se sont rebellés, mais en vain ; la taxe, très lourde à laquelle était assujettie la généralité était répartie entre les diverses paroisses. Pour essayer de trouver de l'argent frais Henri IV, avait même établi une taxe sur les clochers, qui ne subsistera pas. La Paulette va subsister. Nous n'avons pas beaucoup de documents sur Pierre Benoist ; quelques actes notariés importants, nous permettent d'avoir des renseignements sur une période très courte, puisqu'il ne fut seigneur de Compreignac que pendant quatre ans .

Premièrement, un acte passé entre lui et Anthoine Barny, qui avait vendu les fiefs à son père, dans lequel il demande qu'un arrangement intervienne : Une des métairies vendue en 1597, et dite « au labourage de deux paires de bœufs », n'en contient qu'une. Plusieurs rentes sur des villages (Prassigout, Montégut, Massauvas) se sont avérées fausses. Le sieur Barny avait protesté que le contrat passé avec son père, était ancien, que d'autres étaient intervenus depuis et qu'ils s'étaient accordés, son père et lui.; Pierre Benoist décida de faire un procès. Anthoine Barny voyant les choses s'envenimer (et sans doute il aurait été plus lourdement pénalisé avec un appel), consulta ses parents et amis, de même que le seigneur de Compreignac, pour parvenir à un arrangement, ce qui se fit.

Donc, quarante ans après la vente, la loi à l'époque le permettait, Anthoine Barny payerait à Pierre Benoist 225 livres de dédommagement, car il n'avait jamais pu produire les preuves des rentes perçues sur ces villages.

On voit que l'esprit procédurier et l'intérêt financier se sont bien transmis de père à fils.

Parmi les autres actes importants qui sont restés, nous trouvons une série de reconnaissances: Les tenanciers et habitants d'un tènement, correspondant à un village et aux terres et bois entourant les habitations de ce village, faisaient envers leur seigneur la même démarche, que celle que celui-ci faisait envers son suzerain. Mais si entre le seigneur et le suzerain l'acte consistait pour le seigneur, vassal, à rendre hommage, à genoux, tête nue, en chemise, sans épée, promettre fidélité et aide, il s'agissait pour le peuple, en plus de cette obéissance, à l'occasion de la reconnaissance, de connaître le montant des impôts et taxes sur le tènement, et l'importance des corvées et devoirs demandés par celui – ci.

Voici l'intégralité de la reconnaissance des habitants du Lac, le 15 février 1629 :

« Sachent tous qu'il appartiendra que, pardevant le notaire et tabellion royal et présent les témoins soussignés, après midy, au bourg de Compreignac et dans la salle du château dudit lieu, furent personnellement constitués :

Noble Pierre Benoist écuyer, seigneur de Compreignac et du Mas de Lage, conseiller du roi, trésorier général de France en la généralité de Limoges pour lui et ses successeurs, d'une part et : Jean de François du Lac demeurant au Lac

François du Nègre

Michel Martin

Jacques dit Jammes Marchandon

Me Martial le Nègre

François Braquet demeurant au bourg de Compreignac

Tous tenanciers et habitants du village du Lac, paroisse de Compreignac , lesquels de leur gré, solidairement, renonçant au bénéfice de division et d'ordre ont reconnu et advoué être tenanciers et propriétaires dudit village du Lac, situé en la paroisse de Compreignac, ses appartenances et dépendances, confrontant

d'une part au domaine dudit bourg

d'autre au village du Puymelier

d'autre au chemin par lequel on va dudit bourg de Compreignac à Bonnac et à l'estang de Las Mongeas avec toutes ses autres confrontations ;

Duquel ils ont confessé ledit seigneur de Compreignac être « seigneur foncier et directe et luy estre deubs chacun an de cens et rente fontière » :

A cause du fief des Cars de Compreignac

12 sestiers seigle, mesure de Razès

4 livres tournois

4 gélines

A cause de l'acquisition faite du seigneur de Nieul :

6 sestiers seigle, mesure de la cité de Limoges

6 éminaux advoine mesure de la cité de Limoges

20 sols tournois .

et 4 gélines

Lesdicts bleds et advoine payables à la fête de l'assomption de Nostre Dame, à la mi août, et l'argent et gélines à Noël portables aux dépens desdicts tenanciers, aux greniers dudict Compreignac avec tous droicts et debvoirs seigneuriaux de prélation24 de lods et vente, à raison de 3 sols et 4 deniers par livre .

Pour plus de commodité, ils paierons le tout à la mesure de Razès au lieu de celle de la cité . A cause du fief du Mazet dont le seigneur est seigneur dixmier25, pour moitié sur les bleds croissants et naissants et les laines :

-12 sestiers seigle pour le fief des Cars, 4 livres tournois et 4 gélines d'un coté

-5 sestiers seigle, 6 éminaux advoine (mesure de Compreignac ou de Razès) , 20 sols et 2 gélines

Laquelle rente, lesdicts tenanciers ont promis continuer tant qu'ils seront tenanciers et propriétaires dudit village du Lac, duquel ils ont promis n'avoir d'autre seigneur foncier ni imposer sur icelui autre rente ou debvoir ni le mettre en main-morte26, ni autre prohibé par le droit et laquelle reconnaissance ledit seigneur a reçu desdicts tenanciers sans préjudice des arrérages de ladicte rente et droicts seigneuriaux si aucuns sont deubs [................].

En présence de Mr Jean Pontabrier prêtre de la paroisse de Compreignac, Me Jacques Martin, procureur d'office, de ladicte juridiction dudict lieu, tesmoings requis et appelles, lesdicts recognoissants ont dict ne scavoir signer de ce enquis . »

Cet acte est passé devant des hommes qui ne savent ni lire ni écrire. Les mêmes ont été rédigés pour les villages et tènements du Couzet, de Prassigout, de Vénachapt, de Villebert et la Grazouilhe, de Peny, de Pissou (Puy Pichot), du plaçage du grand étang du Couzet, de Bachellerie, Doumard et Cloupeau, de la Combe aux Chabroulaud, de Montchaud et de Cousteilhas. Ils sont reproduits à chaque changement de seigneur. Ils sont gardés dans le château, et les copies restent chez les notaires. J'ai eu beaucoup de chance de les avoir retrouvées, car à la révolution ces actes ont presque tous été brûlés. .

Les impôts, car il s'agit bien d'impôts : fonciers, pour les cens et les rentes, religieux pour les dîmes, droits dus au seigneur, pour les lods et ventes et droits de prélation, si des échanges ou des ventes entre tenanciers ont lieu.

Chose étrange, le sol n'appartient qu'au seigneur mais les tenanciers, en payant des droits, peuvent vendre ou échanger leurs terres.

Ces impôts, perçus principalement en nature, restent très importants ; le sarrasin, ou blé noir, n'apparaît jamais, quelques fois le froment, mais rarement. Les grains consistent surtout en seigle et avoine. Il peut aussi y avoir des redevances en raves, ou en châtaignes. Ces redevances sont fixées pour le tènement entier; le seigneur ne veut pas savoir la part de chacun. Il exige ce qui a été décidé et peut faire saisir ce qui lui manque. C'est l'époque des mousquetaires et le dicton « un pour tous et tous pour un » est applicable aux tenanciers d'un village.

Dans ces conditions, il reste juste au pauvre laboureur à travailler dur pour fournir. Si le climat le permet, la récolte sera correcte, sinon de quoi se nourrira t-il ? Il peut guerpir27 mais pour aller où ? Avec quel seigneur ? Dans quelles conditions ? Les conditions sont les mêmes d'une seigneurie à l'autre.

Que va faire le seigneur ou le curé de toutes ces denrées ? Il en utilisera une partie, et à son tour, en fournira les suzerains : l'évêque, le roi. Il va aussi en vendre, et fera des distributions aux bonnes oeuvres pour le salut de son âme !

Pierre Benoist restait dans des limites correctes. Vingt cinq ans plus tard, son neveu sera plus exigeant. Le pauvre laboureur devait en plus au seigneur : charrois de bois, corvées (parfois rétribuées), comme le fauchage des prés du seigneurs, utilisation obligatoire mais non gratuite du four et du moulin banaux, corvées de vinade.

Les 15 et 16 février 1629, Pierre Benoist faisait faire des reconnaissances sur les tènements dont les tenanciers étaient :

Au Couzet : Jean Lalier, Jean et François Champour, Guillaume Crouzilhaud l'aîné, Guilhaume Crouzilhaud le jeune, Léonard Crouzilhaud, Michel Joanaud au nom et comme métayer perpétuel de feu Maître Cailhebaud ( ancien notaire ), Léonard Bonnet demeurant au village de Santrop et Maître Symon Cailhebaud notaire du bourg de Razès et ses métayers perpétuels, Jean La Rigat, Laurent Joanaud Martial de Pierre de Lavaud demeurant au village de Lavaud Jalounaud, Martiale Vouzelle veuve de Pierre Martin et ses serviteurs demeurant au bourg de Compreignac, Pierre Martin dit du Coursou, Léonard Martin dit Guingay l'aîné, Léonard Martin le jeune Martial Du Guet et Jean Puymeynier demeurant au village de Chabannes qui faisait aussi pour Jean Duboyst de Santrop, absent

La superficie du tènement était de 213 sestérées 11 coupes.

Les habitants devaient :3 éminaux de froment, 12 éminaux d'avoine, 40 sols en argent et 4 gelines .

Le tènement du Couzet avec les étangs, était de la juridiction de Compreignac et avait été acheté des révérends pères abbés et religieux de l'abbaye Saint-Augustin à Limoges, achat réalisé le 29 décembre 1628 dans la salle de l'abbaye . L'arpentement en avait été fait, en 1614 par Maître La Faurie, arpenteur du bourg de Compreignac déjà cité. Le montant de l'achat était de 426 livres. La vente était échelonnée sur trois ans, avec une majoration de 24 livres, d'où un total de 450 livres .

Les religieux pensaient que cet endroit leur procurait plus de difficultés que d'avantages . Il leur était dû de rente foncière et directe par an :

9 quartes de froment

12 éminaux d'avoine (à la mesure de leur abbaye )

40 sols en argent

et 4 gélines

Le seigneur de Compreignac répercuta cette rente sur les tenanciers du lieu, mais il fut beaucoup plus rigoureux que les abbés et les rentes furent régulièrement payées.

Le petit étang du Couzet ou son plaçage, celui-ci étant asséché, était placé entre le tènement du Couzet et celui de Santrop(Razès). Le seul propriétaire était Jean Llui ; ce dernier apportait au château, à chaque fête de Noël, 5 sols en argent et 2 gélines.

Un nouvel arpentement avait été fait par Me La Faurie le 11 septembre 1623 sur le plaçage(emplacement) du grand étang du Couzet, après son achat, dont les tenanciers avaient une « baillette » du 28 mars 1570, signée Dufraixe notaire royal à Razès.

A Pontabrier, les seuls tenanciers sont Jean et Léonard Dumas, demeurant au village du Mas. Le reste du lieu étant à la main du seigneur. Ils doivent 13 deniers de rente, à payer à Noël..

La reconnaissance du grand et du petit Malagnac (Malaignat), est datée du 15 février 1629, après midi. Ses habitants, Léonard Bichot dit «la poursuite », Pierre fils de Jean de Michel, Léonard de Michel, George de Michel, Jean Jandille, Jean, fils de Simon Rapé, André Tate qui lui demeure à Montchaud et Simon Giraud dit « brisechou » qui habite à Boujaliou.. On le voit un certain nombre de familles qui cultivaient les terres d'un tènement n'habitaient pas forcément dans le lieu même ; Le village du Grand-Malagnac comprend six maisons et six granges, il a une superficie de 256 sestérées 3 coupées ; Les familles citées doivent 7 sétiers de seigle, 2 sétiers d'avoine (de 8 quartes chacun, mesure de Roussac), 6 sols 3 deniers en argent 2 gelines ; Celui du petit Malagnac, lui constitué de prés, pacages et bois châtaigniers, a une surface de 251 sestérées 2 coupes, et est taxé de 7 sestiers de seigle, 15 sols en argent, 1 geline. Mais à cause de l'acquisition faite de Mathieu Duboys, ils doivent porter à Limoges 1 setier de seigle tous les ans ; et aussi porter au château de Nieul 8 quartes de seigle (mesure de Limoges), 8 sols. Une partie de ce lieu a été acquis des « Messieurs du chapitre de l'église collégiale de Saint-Martial de Limoges » le 27 juillet 1609 ; Une autre partie vient du seigneur de Nieul et une troisième a été achetée à la famille Duboys. Pour plus de facilité, il est décidé que tout sera apporté au château de Compreignac, aux greniers du seigneur qui donne les garanties nécessaires, afin que les autres seigneurs ne réclament rien.

A Lavaud-Couteilhas, seuls Anthoine et Julhien du Boucheron, dépendent de la fondalité du seigneur de Compreignac. Dans ce lieu les familles concernées doivent 2 sétiers 2 quartes seigle, 12 éminaux avoine, (mesure de la cité de Limoges) 32 sols et 2 gélines. Les droits de lods et vente y sont fixés à 3 sols 4 deniers pour livre(lorsque des tenanciers font une vente entre eux ), sur le montant du prix ; la taxe à payer par le vendeur est de :

3 sols, 4.deniers pour livre (4 d / £).

A Montchaud, les terres étaient tenues par André Taste, Guillaume Du Gaud, Léonard Joanicaud, Estienne Rapé, François Courty, Jean de Jandille et François Jandille. Elles avaient été achetées de Mathieu Duboys, qui lui même les avaient acquises du seigneur de Thouron . Le cens et la rente sont fixés à 6 quartes de seigle, 3 éminaux d'avoine (mesure de Razès ),3 sols et une geline .

A la Combe «aux Chabroulaud » voisine du Lac, les tenanciers Jean et François Vignaud, Maître Martial du Nègre qui habite au bourg, François Braquet, Maître Jean Perdrigier, sergent royal, Jean Titou, François du Nègre du Puismelier et Martin du même village font leur serment de reconnaissance. Ce tènement s'étendait jusqu'à Palutrat et Montégut. Au XVIe siècle les grands Perdrigiers et les petits Perdrigiers étaient les noms de deux tènements habités à l'origine par des familles portant ce nom. Le tènement contient environ 18 sestérées ; les impôts fonciers y sont de 6 quartes de seigle (mesure de Razès ),12 sols et 1 geline .

A Bachellerie dont jouissait Philippe Martin, notaire ; Marguerite Vouzelle, veuve de feu Pierre Martin, demeurant au bourg ; Léonard Valette, André du Chastenet, Jean Montanier, demeurant au village du Chastenet ; Pierre Bouthiliaud ; Jean, fils de Pierre la Loge, demeurant au village de Vénachat ; Léonard Martin dit « Guingay » ; Pierre Martin dit « Louchon » ; Léonard, fils de Guilhaume Martin ; Jean Puismenier, demeurant au village d'Augère ; Martial et Léonard d'Augère. Suivant l'arpentement fait par La Faurie, le 19 juin 1616, la surface est de 377 sestérées ; Les cens et rentes se montent à 16 setiers seigle, 16 éminaux d'avoine,(mesure de Razès ), 50 sols et 10 gelines.

A Pény, les seuls exploitants étaient Symon et Jean Salaud, au moulin, Symon Mérigaud, Michel le Vichon, Mathieu Salaud .La rente foncière est estimée à 1 setier de seigle, 4 quartes d'avoine (mesure de Razès) et 1 geline .

A Villebert le tènement nommé « La Grazouille », (ou grassoulie) était tenu par Jacques du Courtieux, Jean Lasguyras, Martin et Jacques le Cante, Sylvestre Vouzelle, et Messire Pierre Du Courtieux, tous habitants de Villebert. Ce lieu dépendait à l'origine du fief du Puymenier ; L'arpentement en avait été fait par Martin, arpenteur royal, un protestant, en 1589, sa contenance de 51 sestérées 3 quartelées 2 coupées, le taxait d'une rente de 1 setier de seigle, 16 quartes d'avoine ( mesure de Razès), 50 sols et 4 gelines. Mais les tenanciers qui avaient aussi des terres sur le lieu du Lac, dans la mouvance du fief du seigneur de Saint-Pardoux lui porteraient encore 4 setiers seigle (mesure de Razès) 20 sols et 2 gelines ; Ceux qui tenaient à La Bourianne donneraient 42 sols de rente ; Et enfin pour tout ce que Madame la présidente d'Aymar, tante du seigneur avait acquis dans ce village, il y avait à percevoir par le seigneur 2 setiers de seigle, 20 quartes d'avoine 20 sols et 2 gelines. Cette parente de la famille Benoist, épouse de Messire Gay, avait richement dotée Catherine, la sœur de Pierre lors de son mariage avec le président Du Bernet. La famille Gay était implantée à Compreignac ce n'est donc pas par hasard qu'on retrouvera un de ses membres à la fin du 18e siècle à l'église.

A Vénachat, la reconnaissance est faite par François Marniagou, Léonard Méchou, André le Roudier, Estienne Critou, Estienne Redon, Léonard Manage, Pierre Boutilhaud, Jean, fils de Pierre La Loge, (demeurant à Vénachat), Audoin Chastenet, Montanier, Léonard Maumot, et Jean de Prassigout. Ils payent les rentes au seigneur de Compreignac, à cause du fief du Mazet, pour un montant de 2 setiers de seigle (mesure de Razès ) et pour les acquisitions provenant de la seigneurie de Thouron : 2 quartes de froment, 1 setier de seigle 10 éminaux d'avoine.

A Prassigout, tenu par Michel de Prassigout, Michel de Fondaneysche, Léonard Borgaud, Jean Boulou, Michel de Bachellerie, Martin de Chabannes (demeurant à Puy Martin), Léonard Michon, François Marniajou, Estienne Rodo, Pierre Bouteilhaud. Les laboureurs portent aux greniers de la seigneurie de Compreignac : 8 quartes d'avoine à la fête de l'assomption et 2 gelines à Noël. Ils reconnaissent également que le seigneur doit recevoir la moitié de la dîme de tous les blés «croissant », et des laines.

Les tenanciers du village de Pissoux (Puit Pichot), dans la paroisse du Buis, avaient également pour seigneur foncier, Messire Benoist. Ils lui doivent, au total, 8 setiers de seigle, 8 éminaux d'avoine(mesure de la cité de Limoges), 40 sols, 2 gelines et une vinade « pour aller à Argenton à deux paires de bœufs cy-devant évalués à 8 livres chacun ». Dans tous les inventaires, j'ai trouvé du vin de Bergerac. Ces villages, plus récemment acquis payent souvent les rentes à la mesure de leurs seigneurs propriétaires initiaux :Razès, Nieul, Thouron. Les mesures étaient différentes d'un seigneur foncier à l'autre ; chaque abbaye avait sa mesure, et à Limoges, la mesure de la Cité était différente de celle de l'abbaye Saint Martial, par exemple. La dîme était en principe le 1/10 du produit, mais en fait ce n'était bien souvent que 1/12 ou 1/15 de la récolte ce qui était déjà énorme.

Il est à remarquer que la mesure des grains est celle de Razès ; Compreignac, à l'origine, dépendait de la châtellénie de Razès et l'évêque en avait décidé la mesure

La vinade étant une des corvées imposées aux habitants d'un village, qui devaient à la saison des vendanges aller chercher le vin nécessaire au seigneur et à sa famille, et le rapporter aux caves du château .On imagine l'expédition que représentait cette démarche avec seulement des bœufs, les hommes eux, étant à pieds.

Cette série d'actes, peut-être un peu fastidieuse, permet de connaître les noms des habitants en 1629, dont bien souvent le prénom et le lieu de provenance servaient de patronyme. Les généalogistes y trouveront là une source de renseignements précieux. 1629, est l'année du décès de Pierre Benoist. Celui-ci avait usé, en 1628 de son droit de prélation, lors de l'adjudication des biens de Pardoux Las Guyras du village de Villebert. Ces biens ayant été saisis, avaient été vendus à Monsieur Briquet, curé de Saint-Pardoux. Ils étaient situés à l'intérieur du fief du seigneur de Compreignac. Après un procès (car les biens avaient été payés par le curé, qui en avait pris possession), il avait remboursé les 2200 livres, pour intégrer les biens saisis dans son fief .

Un autre exemple de l'importance de la terre dans le domaine seigneurial !

Comme son père, Pierre Benoist avait pris une part importante dans la vie sociale et politique de son époque. Déjà, le 20 octobre 1605, lors de la venue d'Henri IV à Limoges, il avait été chargé de prononcer la harangue au roi et s'était adressé à lui en ces termes :

« Sire, vostre majeste arrivant en ceste province, et avec elle tout le bonheur et prospérité comme un astre bening, porte avec soy des favorables influences. Ceste jeunesse unie et assemblée en corps et en courage vous vient devotieusement offrir la volonte quelle ha de vous honorer et servir Bien que leffect ne puisse aucunement approcher du merite du plus grand, plus victorieux et plus puissant monarque de la terre, neantmoins Vostre majeste recevra en gre, puisque nous ne cherchons autre heur en ce monde que en vostre service ny dhonneur quen nostre obeyssance que nous nous prosternerions à vos pieds et y rendions lhommage deu a nostre prince naturel et souverain vous consacrans nos vies nos fortunes nos volontes, pour demeurer à jamais vos très humbles, très obeyssans et fidelles serviteurs et subjects ».

Nous savons aussi que « Ce samedi, veille des rameaux, le 28 mars 1628, Monseigneur le Comte de Chombert vint faire son entrée en ceste ville de Limoges pour cause de la lieutenance de son gouvernement que sa Majesté lui avoit donné où il fut très bien reçu tant par Messieurs de l'église, sieurs généraux (c'est à dire les trésoriers généraux du bureau des finances ), consuls et habitants d'icelle. Et feut elleu pour couronnel de l'infanterie Monsieur l'assesseur Benoist filz de Monsieur le Général Benoist et alla loger ledit gouverneur au logis du Breuil . »

La vie des habitants de la seigneurie n'avait pas beaucoup changé depuis le décès du précédent Maître ; les défrichements étaient plus étendus, mais le « niveau de vie », n'avait pas évolué. Il y a à Compreignac, comme dans tous les villages les « communaux ». Ce sont les terres qui, dans chaque village appartiennent en commun à tous les habitants, gérées par eux, dans lesquelles ils ont un peu plus de loisir pour prendre du bois par exemple. Le seigneur en reste propriétaire foncier.

Là aussi, quelques actes venant de divers notaires de Limoges, nous permettent d'avoir des renseignements. C'est par une condamnation faite à l'encontre d'un habitant de Beaumont que nous savons que le village dépendait de la justice et seigneurie de Moncocu à Ambazac

Mais, le 16 octobre 1629 Pierre Benoist, fils unique et héritier de monsieur Benoist « en son vivant écuyer, conseiller du Roy, trésorier de France, général de ses finances, en la généralité de Limoges, seigneur du Mas de Lage et de Compreignac et de Madame Jehanne De Douhet ma mère étant par la grâce de Dieu sain de corps et d'entendement, et désirant disposer des biens qu'il a plu à Dieu me départir, j'ai fait mon testament comme s'ensuit »

Un testament très long, qui ne peut pas être reproduit en entier, mais dont il est intéressant de donner une relation des principaux articles. Comme tous les testaments, il commence par des demandes de pardon, il se poursuit par le désir d'être enseveli, comme ses prédécesseurs dans la chapelle des Benoist, dans les tombeaux de la famille, dans l'église Saint-Pierre du Queyroix à Limoges. Suit une série de legs pieux, habituels, nécessaires pour la validité de l'acte : 6000 livres, pour bâtir un couvent de Capucins à Limoges ( j'ai vu écrit dans les registres consulaires 10000 £), il fixe la pension viager laissée à sa sœur Françoise carmélite à 100 livres et le legs fait au monastère, à 400 livres. Il énumère les dons faits à ses serviteurs et servantes. A tous les pauvres qui se présenteront, il devra être donné par son héritier désigné ou par son exécuteur testamentaire un pain. Il lègue 200 livres à l'hôpital Saint-Martial, 1000 livres à l'hôpital Saint-Gérald (emplacement de la médiathèque actuelle), 1000 livres aux pauvres orphelins pour qu'ils apprennent un métier ou pour se marier ( pour les filles), à toutes les communautés religieuses de la ville allant de 300 livres, pour les jésuites à 50 livres, pour les ursulines .

Il demande que de la dot de son épouse lui soit restituée 4500 livres et qu'elle demeure dans la maison familiale avec Madame De Douhet, sa mère. Il souhaite qu'elle garde tous ses bijoux, la moitié de tous les meubles de cette maison. La vaisselle et la somme de 6000 livres sont laissées à sa discrétion pour lui permettre de vivre selon son rang, ainsi que les revenus et fruits de la seigneurie du Grudet ( paroisse de Saint-Symphorien ).

Il lègue à sa sœur Catherine, femme de Monsieur le président Du Bernet, la somme de 9000 livres et 6000 livres pour ses filles Anne, Béatrice et Jeanne.

De même, il fait des legs aux enfants de sa sœur Peyronne, décédée, qui avait été mariée avec le président Malledent : à Pierre, le lieu noble de la Salesse (Limoges), à Martial, la rente sur le village de Moissaguet, et aux filles Catherine, Thérèse et Louise des sommes importantes pour leurs dots .

Il donne à Marie Benoist, sa sœur, la Salesse de Montjovis et des dots pour ses filles Jeanne et Marie .

Il n'oublie pas sa mère et rappelle qu'elle vivra à Limoges avec son épouse Anne de Pontac .

Mais ceux-ci ne sont que ses héritiers particuliers. Son héritier universel est Pierre Benoist son neveu et filleul, le fils aîné de sa sœur Marie .

Que dire de ce testament ?

Il va donner lieu à de nombreux litiges au sein de la famille. Premièrement: Mademoiselle de Pontac, sa « chère épouse », ne restera pas avec sa mère ; elle ira vivre dans un couvent parisien. Madame de Douhet, elle, ne s'installera pas chez les carmélites, comme il a été écrit, dans de nombreux documents : les actes passés entre elle et des habitants de la ville sont faits dans sa maison de Limoges encore en 1646 (elle est décédée très âgée à près de cent ans). Ils en font foi. Mais, par contre, elle ira souvent passer quelques jours dans leur couvent où elle sera enterrée à sa demande. L'argent donné pour la construction du couvent restera longtemps inutilisé, et enfin un certain nombre de legs pieux auront du mal à être encaissés par leurs destinataires. Le couple qui va succéder ne fera qu'assurer un intérim en attendant la majorité de son fils

Il faut dire que le successeur du seigneur de Compreignac avait quatre ans à la mort de son oncle .

Là encore, le registre paroissial de Compreignac, porte la transcription du décès du seigneur « Le 26 octobre 1629 , a été sépulturé feu Monsieur de Compreignac dans l'église de Saint-Pierre de Limoges ».A l'occasion de cette nouvelle mort, on aura peint une autre litre autour de l'église du village. Le nobiliaire du Limousin le dit décédé le 23 octobre 1629. Son épouse se retira et prit le voile dans la maison du Calvaire à Paris.

Un détail particulier figure dans cet acte : il est fait mention d'un crucifix d'or et émail rapporté de Jérusalem par Madame Paule Audier « l'aieule ». Il nous permet de relier cette branche de la famille à celle de Mathieu décédé en 1415, cet objet, précieux s'étant sûrement transmis de fils aîné à fils aîné. Un tel voyage à Jérusalem, surtout pour une femme, était assez rare ; ce crucifix se retrouvera dans les testaments suivants, jusqu'en 1739, et dans les inventaires de la seigneurie. Un des descendants de la famille Benoît m'a affirmé récemment que cet objet était en la possession de son grand père

Les parents du futur seigneur, alors petit garçon de quatre ans, étaient Marie et son cousin, Gaspard Benoist. D'importantes tractations avaient précédé leur mariage. Ils étaient parents au delà du quatrième degré puisqu'il n'y avait pas eu de demande de dispense lors du contrat.