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1598 – 1625

1598. Notre histoire commence cette année, et, curieusement, il y a quelque temps, nous avons retrouvé une pierre, sans doute un fragment de linteau de porte, réemployé à l'envers, portant cette date. Est-ce à dire que Compreignac n'existait pas avant ?

Si, bien sûr ! Compreignac a même connu une grande prospérité au temps romain. De nombreux vestiges de cette période subsistent encore. La paroisse, elle, avait été créée au XIIIe siècle. Mais c'est en cette année 1598 qu'un homme va commencer à réunir divers domaines en les achetant et faire de ce bourg une seigneurie importante, ne recoupant pas exactement la paroisse, ni la commune actuelle, mais englobant une grande partie des villages dont les noms n'ont pas beaucoup changé, et débordant sur d'autres paroisses.

Divers seigneurs fonciers 1 se partageaient avant lui la paroisse :

Monsieur Antoine Barny « advocat », avait acheté le fief dit « du Mazet ».Il le revendit à sieur Martial Benoist conseiller du roi, trésorier de France, général de ses finances au bureau de Limoges, seigneur du Mas-de l'Age, le 16 juillet 1597, avec celui du Puymeynier, « sis et situés en la paroisse dudit Compreignac, icelles seigneuries et fiefs avec tous leurs cens, rentes, droits de dixmes, tierceries, métairies, propriétés d'icelles avec tout les batiments, bois de haute-futaye, bois taillis, guerennes, droit de vigerie, péage et toutes autres appartenances et dépendances d'iceluy, sans y faire aucune réservation et ce avec tous les droits seigneuriaux de rétention par puissance de fiefs, investiture, droit de lots-et-vente2 et aultres quelconques, dépendant des dites seigneuries et fiefs, tous ainsi et de même que ses fermiers, receveurs et autres en jouissant et ont accoutumé d'en jouir, réservé seulement la rente foncière due sur le village de la Ribière-Doyrat, en la paroisse de Saint-Symphorien » pour en disposer comme de sa chose propre, à la charge seulement de payer au curé de Compreignac vingt-huit setiers 3 de seigle, mesure de Limoges, de pension annuelle. Le prix et somme payé pour cette acquisition est de sept mille six cent soixante six écus deux tiers revenant à vingt-trois mille francs .Les deux lieux de La Ribière dite Doyrat à cause de ses tenanciers et Le Grudet, avaient comme propriétaire foncier, l'abbaye des feuillants de Limoges.

Le sieur Barny devait de grosses sommes au sieur Benoist. Une partie de la vente compensera leur remboursement.

En quoi consistait le fief du Mazet ? L'hommage rendu à l'Evêque de Limoges, par Léonard Barny le 18 mai 1563, ce dernier étant « à genoulx, ayant les mains joinctes, la teste descouverte, et la robe hostée, » nous en donne la composition :

Toutes les rentes, censives4, sur les héritages des grands et petits Perdrigriers et autres habitants du bourg de Compreignac.Tout le droit de vigerie avec puissance « dallier et marquer » les mesures des « hottes »5 vendant vin au détail et de permettre aux habitants dudit lieu de faire des fours bannerets en leurs maisons, sous certain devoir ; aussi de visiter les marchandises en place publique dudit lieu, le jour de la foire du lendemain de St- Martin, audit bourg de Compreignac, avec le tribut accoutumé à être payé.La tenue des mazures de Beausoleil (avec une vinade6 et la dîme des agneaux),La fondalité sur le village du Puymelier,Le village de Vedrenne,Le village de la Roche de Boussac, avec les cens les rentes et la dîme des aigneauxLa tenue des Chabroulaud et Baladie avec le four, (la combe)Le moulin de la Rode,Le moulin du Roulier (appelé primitivement le rodet du Rousseau, qui deviendra le

moulin de Pontabrier),

Le bois redon,Le moulin de Planchevielle,Les étangs du Nouhaud, de Planchevielle, de la Rode, qu'il tient à sa main (qui sont à

lui personnellement),

La maison et four de Jean l'hoste au bourg,Le jardin et four de maître Léonard Martin ( notaire),Le jardin et la maison de maître Léonard de Chabanas, prêtre,Un pré tenu par des gens de Montchault,Le lieu de Vénachat,Les gens de Népoux,Les tenues de Pontabrier,

Il ne faut pas croire que cela représente moins de maisons et moins de domaines que de nos jours. Une tenue est ce qui est cultivé par un groupe de deux ou trois familles. Son importance dépend de la superficie défrichée. C'est assez peu, à une époque où le labourage est fait « à bras », le paysan étant trop pauvre pour avoir des bœufs. La tenue a succédé au manse qui était simplement une ferme exploitée par une famille .

Contrairement à ce qui a été souvent affirmé, il n'y a jamais eu de Château du Mazet. L'inventaire des terres, des maisons et des villages formant ce fief ne comporte aucune allusion à un quelconque lieu noble, à une quelconque maison forte. Aucun des textes retrouvés qui, aussi bien dans les registres de l'évêché, que dans les archives des notaires de Limoges, ne parle de Compreignac, ne fait allusion à un quelconque édifice, correspondant à cette appellation. Dans l'inventaire des biens correspondant à ce fief dans Compreignac, il n'est fait référence à aucune maison noble. Mais ces mêmes registres des hommages à l'évêque font également référence au fief du Mazet à Ambazac, où le village lui, existe et le seigneur de ce village appelé « le Mazet » est aussi Monsieur Barny; là le » sieur Barny » a un repaire, ce qui signifie une maison à laquelle est adjointe une tour ( comme à Thouron, La maison Vaucourbeil). Ce qui lui appartient dans la paroisse de Compreignac porte le même nom. Pourquoi l'abbé Lecler a t-il attribué le nom de ce fief au château construit au début du 17e siècle ? je ne sais pas mais je n'ai jamais trouvé, dans aucun document de domaine appelé ainsi. Le fief par lui même ne correspond pas à l'emplacement de la demeure seigneuriale. Comme vous le voyez, les divers tènements sont dispersés dans la paroisse. Le nom de Mazet est apparu au XVIe siècle, avec la famille Sarrazin, possédant le fief du même nom à Ambazac

Le fief du Puymenier, qui avait été vendu à Monsieur Barny en 1583 par Christophe de Rouffignac, pour la somme de 4830 livres, fut également acquis par Martial Benoist à la même date. Il recouvrait les étangs dudit lieu mais aussi « un soulard ou paraissait de vielles mazures qui soulaient être la maison noble dudit fief, ensemble et jardins ». C'est le seul témoignage laissé dans les textes, de ce qui avait été à l'origine un château ou, du moins, une maison forte, construit à cet endroit depuis longtemps.

Ce fief du Puymenier contenait également le village de Népoux, la garenne de Villebert, la tenue du Mas, les terres qui était cultivées par ceux de Santrot et ceux de Chabannes dans la tenue du Couzet .On le voit, des terres également très dispersées.

Le 24 juillet 1609, Monsieur Benoist acheta les rentes sur le grand et le petit Malagnac qui étaient la possession de Messires Jean et Antoine Dubois, la famille Dubois les ayant acquises du seigneur Ludovic Faulcon, seigneur du Puymenier et Nantiat en 1472.La famille Dubois [ou Du Boys] était alliée à la famille Benoist.

Le 30 janvier 1612, il acquit des rentes sur les tenanciers de Bachellerie, Daumard, et Cloupeix, sur l'étang du Couzet, et sur le village de la Roche de Boussac.

Le 2 juillet, 1614 il acheta le fief des Cars. Les témoignages que nous avons sur ce lieu sont très peu nombreux, mais assez explicites. En quoi consistait ce fief ?

Tout d'abord en un albergement, désigné aussi sous le nom de repaire; c'est à dire un bastion de défense, ou plutôt ce qu'il en restait. Un acte notarial de 1411, passé à Saint Léonard, le seigneur possédant ce fief était issu de cette « ville », nous l'indique comme étant ruiné, nous savons qu'il existait en 1344, il avait été détruit en 1370 ou 1371 par les armées du Prince-Noir et la maison forte, donnée en dot à Béatrix Roux (dont la mère était Marguerite de Nieul), lors de son mariage avec Jehan Jaubert (ou Joubert) en 1411, avait reçu un semblant de réparations bien vite arrêtées à cause de leur importance. Jehan Jaubert la qualifiait de lointaine et ne l'habitait pas . Le lieu noble s'était petit à petit écroulé et ses pierres avaient servi à construire les maisons du bourg. Le fief, lui, regroupait les tenues situées à Montchaud, dans le bourg, aux Sauvages, à Villebert, à la Vauzelle, à Pénit, à la Roche, à Népoux, à Bachellerie, à Chabannes et à Beausoleil . Le 25 décembre 1582, on trouve la « baillette »7 de ce fief, ou du moins ce qui appartient encore à François de Saint George, la famille Saint-Georges ayant succédé à la famille Jaubert. La baillette est faite avec Jehan Desflottes, marchand de Limoges. Monsieur Desflottes fermier, avait lui aussi un domicile dans le bourg, ce qui explique son installation à Compreignac. On retrouve les membres anoblis de cette famille aux Bordes et ensuite à Leychoisier.

On trouve mentionné dans ce contrat les villages du Lac et de La Gente comme faisant partie de ce fief.

Nous le voyons, des habitants d'un même village avaient des propriétaires différents .En effet rien n'appartenait aux manants au XVIe siècle, le seigneur seul avait le droit de posséder la terre, celui qui la cultivait, la tenait et en jouissait seulement.

La paroisse de Compreignac avait de nombreux seigneurs : L'abbaye de Grandmont possédait le Breuil, le moulin de Margnac, des manses ou des tenues à Chabannes, par exemple, et de nombreuses « rentes secondes, assises » sur des biens appartenant à d'autres seigneurs. Ces rentes secondes ayant été données lors du XIIe siècle par des seigneurs des lieux, pour que les religieux fassent dire des messes ou des prières pour le salut de leurs âmes. Elles ont été données définitivement, mais ne viennent qu'après les rentes nobles. Le seigneur de Trasforet (Ambazac) possédait une partie de Beaumont, Beausoleil, Angelard .Les templiers avaient des terres assez dispersées dans la paroisse, mais dont la partie la plus importante se situait dans les appartenances du village de Nepoux . Les chanoines du chapitre cathédral étaient propriétaires fonciers d'une grande partie des tenues de Villebert, Népoux, Le Mas de Boussac, La Roche de Boussac. Les terres et les hommes qui y vivaient passaient très souvent d'un propriétaire à un autre très rapidement. Enfin quelques bourgeois de Limoges avaient eux aussi des possessions dans l'étendue de la paroisse .La propriété était dès cette époque très disséminée, ce qui explique, sans doute le morcellement encore visible de nos jours. Il existait donc dans un même village plusieurs tenues possédées par des seigneurs différents.

Qui était Martial Benoist le nouveau seigneur foncier de Compreignac ?

Un des hommes les plus importants de la ville de Limoges, ayant des fonctions officielles, une immense fortune, déjà seigneur de nombreux lieux à Couzeix, à Panazol, à Isle, à Saint – Léonard, à Saint-Paul, à Feytiat.

La famille Benoist est connue à Limoges depuis le 13e siècle : le premier acte trouvé la concernant est daté 1272. Tous les actes disent ses membres bourgeois et marchands. Je n'ai trouvé aucun document qui explique quel était leur commerce d'origine. Dans les inventaires après décès j'ai trouvé un brodeur, une association avec deux autres marchands qui étaient drapiers, un prêteur sur nantissement.8; un boucher. Ce qui est certain c'est que les premiers documents les montrent déjà d'une certaine aisance. Les actes les plus anciens venant des notaires de Saint-Léonard les trouvent dans cette paroisse, propriétaires de biens, puis à Limoges rendant hommage à l'évêque. Je n'ai pas retrouvé la source de la famille. Il y a sûrement une origine à cette fortune, peut-être due à un puissant seigneur du moyen âge. L'origine de la famille est-elle Saint-Léonard ? Dans son livre de raison, Estienne Benoist fait mention de son oncle prieur de cette localité en 1361.

Prêter sur gage était en principe un commerce qui n'aurait pas du conduire vers un anoblissement, car cet emploi, considéré comme avilissant était réservé aux juifs. Ce qui est certain, c'est que l'un des ancêtres consul a eu comme privilège de posséder des biens nobles sans l'être, mais c'était un privilège attribué à chaque consul.

Après avoir participé à la Ligue, ce qui lui avait valu de sérieux ennuis, Martial Benoist avait su faire amende honorable, et retrouver les bonnes grâces du roi Henri IV, aidé par son frère Pierre archidiacre de Limoges, un des hommes que le souverain avait consultés lorsqu'il s'était converti au catholicisme. C'est sûrement par ce personnage que Messire Martial a eu les bonnes grâces du « bon roi Henri ». Quand il a acheté les deux fiefs, il était nouvellement promu conseiller du roi, trésorier de France et général de ses finances, on lui donnait le surnom de «général », qui figure dans de nombreux actes de cette période . Je n'ai pas trouvé de trace d'achat de cette charge, ni à Limoges, ni dans les registres du Parlement de Bordeaux. C'était une charge qui anoblissait le fils aîné, s'il la continuait. Quoiqu'il en soit, il était entièrement dévoué au souverain qui lui confia des tâches importantes dans la province, comme celle de « Grand Voyer », qui lui donnait l'entretien des routes. La famille Benoist avait encore parmi ses membres des consuls à Limoges, elle était ultra-catholique, elle était aussi très étendue ; les hommes portaient presque tous des prénoms identiques, ce qui fait qu'on a du mal parfois à les repérer dans les actes qui les concernent.

Il était marié avec « Madamoiselle Jehannette Douhet » issue comme lui de la bourgeoisie ( les parents de Jehannette, achetant des charges, avaient permis l'anoblissement). Il habitait soit à Limoges « la grande maison des bancs », soit dans son château du Mas-de-Lage à Couzeix, appelé souvent à l'époque, le petit Limoges. En retrouvant dans les archives familiales l'état des maisons dont les habitants lui devaient les cens ou les rentes, on est absolument sidéré par leur nombre. Elles sont en grande partie situées dans la zone du marché actuel et quelques unes sont encore faciles à localiser, comme celle qui se trouvait à l'angle de la rue des bancs et de la rue Jouviond.

Etre seigneur foncier de Compreignac était pour lui une première étape ; mais cela était insuffisant. Seul le seigneur haut-justicier avait tous les pouvoirs et tous les honneurs, comme le droit de posséder son banc personnel dans l'église. Il fit donc toutes les démarches pour acheter la justice possédée alors par son suzerain l'évêque de Limoges. C'est à cette occasion que les traits de son caractère vont apparaître. Il acquit le 14 avril 1600 de monsieur Henri de la Marthonnie, seigneur évêque de Limoges, tous « les droits de justice, haute moyenne et basse, mère, mixte et impaire, de toutes juridictions et devoirs dont ledit seigneur évêque et ses prédécesseurs ont accoutumé et du jouir sur le bourg et paroisse de Compreignac, membre de la haute justice de Razès, consistant audit bourg de Compreignac comprenant les moulins de Pontabrier et de Planchevielle, les villages de Maison-Neuve, Las-Bordas, Chabannes, Puy-Segur, La Roche, Le Mas, La Vauzelle, Chatenet-Maussant, Vénachat, Beaumont, Montagut, Montchaud, Puymeynier, Lavaud-Fleuret, Népoux, Villabert, et tout ce qui est de la justice dudit Razès et seigneurie possédé par les tenanciers de Ville-Chenoux, Margnac, Angelard, Beausoleil, La Goutte, Puy-Martin, plus en outre les villages de Grudet et de la Ribière paroisse de St-Symphorien. L'évêque lui cède en plus le tiers du droit de dîme sur la tenue appelée de la Ribeyrade, de La Bachellerie, et du Daumard-Massonat ». L'évêque se réserve l'hommage. Pour compenser, le seigneur lui laisse en échange la jouissance de la rente foncière qu'il a sur le Mas-Chambard à Panazol.

Il était donc le seigneur absolu de Compreignac, n'ayant que l'hommage à rendre à son suzerain, l'Evêque. C'est à ce moment, sans doute, vers 1604, qu'il décida de faire construire son château. Monsieur le chanoine Lecler dit avoir vu les dates de 1606 et 1608 sur les tours. Malgré mes efforts, conjugués avec ceux des propriétaires de la maison construite entre les restes de deux tours, il ne nous a pas été possible de retrouver de trace de ces dates. Le château était la marque de sa puissance, mais il avait une autre fonction : en effet les cens, rentes, dîmes, étaient payés en nature : seigle, avoine, gelines et devaient être portés aux greniers du seigneur, les grains à la fête du 15 août, les volailles à Noël ; mais il fallait pour cela que celui-ci ait une demeure dans l'étendue de sa seigneurie ; si ce n'était pas le cas, il lui fallait venir chercher son dû à travers des chemins difficiles et peu sûrs, à ses frais.

Un événement inattendu vint troubler Messire Benoist. Se ravisant, Monseigneur l'Evêque voulut reprendre la justice, prétextant que, après réflexion, ces biens appartenant à son évêché et non à lui, et étaient inaliénables . Le 4 mars 1610 donc, il somma Messire Benoist de lui remettre la justice. Celui-ci fit la sourde oreille. Un arrêt du grand conseil de sa majesté, (Louis XIII avait remplacé Henri IV) , intervenant le 2 septembre 1610, pris contre lui, n'eut pas plus de chance. Tout cet épisode est relaté en détails dans les registres des justices de l'évêque. Voici ce que j'y ai lu:

« Le sieur Benoist était si puissant et si appréhendé qu'aucun des conseillers du présidial de Limoges ne voulut ou n'osa faire exécuter le susdit arrêt ; les uns étoient parents au degré de l'ordonnance, les autres étoient en procès, les autres étoient malades, les autres avoient des affaires ailleurs . »

L'évêque de Limoges fut quand même remis en possession de sa justice, par l'intervention de Messire Jean Seguin, conseiller au présidial de Brive, qui se transporta à Compreignac. Quelle fut la réaction du seigneur du lieu ?

Là encore, reportons nous au récit consigné dans les mêmes registres :

« Devant le commissaire acheminé vers la halle pour notifier la présente prise de possession, est arrivé Simon Marchandon, greffier de la juridiction, ayant en main une trompe pour faire assembler et appeler les chiens, sonnant icelle, étant par ledit commissaire, commandé d'approcher de lui, pour entendre l'exécution dudit arrêt, au lieu d'obéir, se seroit remis à sonner ladite trompe, en dédain et irrévérence dudit commissaire . »

Messire Benoist se trouvait alors en mauvaise posture . Le 11 avril 1611, le grand conseil du roi fut à nouveau informé de l'attitude du seigneur récalcitrant et lors d'une autre intervention des émissaires du roi, ceux-ci ne purent se faire entendre à cause du bruit des chiens et des trompes assemblés à nouveau sous la halle, par le seigneur, afin qu'on n'entende point la sentence. Plus encore, il se rendit au moulin de Pontabrier, propriété alors de Monsieur De Coudier, procureur d'office, qui avait assisté à l'exécution de l'arrêt, avec cinq ou six de ses domestiques, et là, il démolit « les meules et les autres ustensiles et dit qu'il ruinera tous les domaines dudit De Coudier et lui fera perdre le chemin de Compreignac ».

Les choses restent en l'état pendant neuf années. Puis le 9 juin 1619, Monseigneur de la Marthonnie, nouvel évêque, ayant besoin d'argent, met en vente quelques unes de ses justices, celles qui lui rapportent le moins. Celle de Compreignac est du nombre. Martial Benoist se porte acquéreur. Une véritable enquête est faite auprès de dix personnalités de Limoges (toutes ces personnes sont plus ou moins liées avec la famille Benoist). L'enquête existe toujours dans la série des archives départementales. Le résultat ne faisait aucun doute, et notre seigneur fut enfin mis en possession de sa justice, moyennant 5 000 livres !

Tous les villages n'entraient pas dans la seigneurie, et certains n'y entreront jamais. Beausoleil, Beaumont, et une partie d'Angelard, faisaient partie des possessions du seigneur de Trasforet, Monsieur de Villelume. Une autre partie du village appartenait au prieur d'Angelard, qui n'y séjournait que rarement. Il n'était pas seigneur justicier, dans les lieux dont il était non foncier.

Un certain nombre de tènements à l'intérieur des villages étaient la propriété de l'Abbaye de Grandmont comme à Margnac, à Népoux, à Villebert. Le Breuil avait été donné à l'abbaye depuis le XIIe siècle.

Les revenus du mas de Védrenne, qui avaient été donnés XVe siècle au prieuré de la Drouille-Blanche (Bonnac) par la famille Benoist, dont Catherine, était moniale, puis prieure, étaient rentrés à nouveau, comme cela avait été décidé, dans le patrimoine familial, à son décès en 1418.

Une partie de Népoux avait comme propriétaire foncier le commandeur de Pauliac, supérieur de l'ordre des Templiers. Des maisons, des prés, des bois, appartenaient à des communautés religieuses ou à des bourgeois de Limoges

Au contraire, le seigneur de Compreignac étendait sa puissance sur le Grudet et sur la Ribière Doyrat (la Ribière actuelle, St Symphorien), sur le village de Puy-Pichot (Nantiat).

La famille Benoist étant propriétaire depuis le XIVe siècle d'une grande partie de Couzeix. Messire Martial, était donc un homme puissant. Quand il venait dans son château, c'était pour régler les affaires, recevoir les reconnaissances, encaisser les cens 9, les rentes10, les lots et ventes11 et les dîmes 12 qu'il partageait avec le curé.

Le curé était à l'époque un homme qui comptait, l'église un lieu de rassemblement des hommes. Il y avait au début de XVIIe, 2500 habitants, leur nombre s'élèvera jusqu'à 3000 à la fin du siècle : il faudra lui adjoindre deux vicaires. La fréquentation des offices est très importante ; c'est à l'issue de la messe, le dimanche, que sont annoncés les événements, que sont lues les décisions du seigneur, les édits du roi, qui ensuite, sont affichés. C'est aussi à ce moment que sont dressées les listes concernant le montant des impositions, que sont désignés ceux qui collecteront les diverses redevances, toujours apportées au domicile du seigneur, d'où l'importance pour celui ci, que son domicile soit dans la paroisse. C'est en grande partie pour cela, qu'un seigneur foncier se doit d'avoir un logement dans la paroisse ; Quand cela ne peut pas se réaliser, il doit faire le nécessaire pour que ses employés viennent chercher les grains (seigle, froment, avoine), pour la fête de Notre-Dame, le 15 août ; l'argent, les gelines se donnant pour Noël. Il y a aussi des redevances en cire, pour la faction des cierges et torches nécessaires à l'éclairage

Voilà pourquoi tous les seigneurs fonciers de la paroisse y ont un domicile, comme les chanoines du Chapitre de la cathédrale qui occupent la maison dite curiale. S'ils n'y demeurent pas, un fermier gère leurs possessions.

Il y a parfois des redevances données en châtaignes, en raves. Le curé, monsieur Pontabrier en 1605, percevait les dîmes, dont une partie revenait à monseigneur l'Evêque, il était aidé dans son ministère par Pierre Marget et Pierre-Gérald Cibot ses deux vicaires. La paroisse est étendue. Le sieur curé doit porter les sacrements aux mourants par tous les temps. Il célèbre de nombreux mariages, de nombreux baptêmes, il sert aussi parfois de notaire quand celui-ci est indisponible, pour enregistrer les testaments.

Le 26 avril 1609, Maître Léonard Teyteys, nouveau curé, prenait possession de son église ; il avait en mains les lettres de Notre Saint Père le Pape, et celles de Monseigneur l'Evêque de Limoges. C'est Monsieur Pierre Cousturier, un des vicaires du précédent curé qui le met « en possession réelle, actuelle et corporelle de la cure et église Saint-Martin, fruits, profits, revenus et émoluments par l'entrée dans l'église, aspersion de l'eau bénite, son des cloches, baisement du grand autel », enfin toutes les formalités habituelles dans ce cas. Cet évènement se passait le dimanche à l'issue de la grand messe et ensuite le sieur curé proclamait qu'il était le seul possesseur de l'église et cure et que c'était désormais à lui que se payeraient les redevances dues à la cure de Compreignac.

Martial Benoist, à son arrivée, à du mettre de l'ordre dans son domaine. Les seigneurs précédents dont aucun ne vivait à Compreignac, avaient laissé un peu de laxisme et les impôts rentraient mal ; à son arrivée les choses vont changer.

A quoi ressemble le bourg, qui sont ses habitants ?

Le bourg, a vu s'écrouler lentement, la maison forte qui, depuis le début du XIIIe siècle, était le centre du fief des Quars. Les remparts, dont une partie est toujours visible actuellement, entourent un groupe de maisons appartenant pour la plupart à des bourgeois de la ville de Limoges, et qui sont occupées par des artisans (maréchal ferrant, tisserand, forgeron) dont les activités étaient au moyen Age, nécessaires aux chevaliers. L'église et son bourg ruinés en grande partie, lors du passage des anglais, s'étaient reconstruits lentement. On en profite pour agrandir l'ancienne chapelle castrale, en lui ajoutant un chœur gothique, une chapelle dite de la Vierge faisant face à celle du nord, qui porte alors le nom de chapelle Saint-Jean. On la surélève, on orne les clefs de voûte d'écussons rappelant les armoiries des familles qui ont possédé les fiefs qui viennent d'être achetés (notamment celui de la famille Saint George). On la fortifie en créant dans ses combles une véritable salle de gardes . Elle est encore actuellement un des plus beaux édifices fortifiés de la région. Le cimetière se situe autour d'elle à l'ouest et au sud. Une halle s'élève au milieu de ce qui est actuellement la place. Elle y restera jusqu'au milieu du siècle dernier, remplacée par une autre accolée à l'église. Elle sert non seulement pour les foires et marchés mais aussi de lieu de rendez-vous pour un certain nombres d'actes : c'est là, par exemple que se débite la viande par le boucher. Les mendiants y viennent aussi pour être aidés. Elle dépend de l'église. Les greniers des chanoines sont à coté de leur maison « dite curiale ». On appelle ainsi les maisons des chanoines du chapitre cathédral et de Saint Martial et l'église de Compreignac dépend à l'origine de cette abbaye, pour la présentation du curé. Cette église, à l'origine n'était que la chapelle du fief de Quadris; Compreignac n'était pas alors une cure, mais une chapellenie perpétuelle.

La maison curiale est aussi pour eux une nécessité afin de pouvoir entreposer dans les greniers le grain issus des impositions. La maison du curé, fait partie du tènement13 des Pontabrier, et se situe au niveau de la poste actuelle. Il subsiste un linteau de porte réemployé en marche d'escalier, et une description de cette maison faite, au XVIIIe siècle, lors d'une visite, qui ne fait aucun doute quant à sa disposition. Il est d'ailleurs logique, et des actes notariés de Limoges le confirment, que, comme deux curés de la paroisse ont porté ce nom, le presbytère se soit situé dans leur maison, maison que la famille a loué ensuite aux autres curés pendant plus d'une centaine d'années. Les autres bâtiments appartenant à cette famille, s'étendent en descendant vers l'étang qui porte alors le même nom. Le bourg qui, jusqu'alors était regroupé autour de la chapelle et de la maison forte, va s'étendre vers le sud, franchir le creux où se situe la route qui le traverse de nos jours.

De l'autre côté du « creux », sur l'endroit élevé, se dresse le château, bel édifice tourné vers l'est, situé sur une esplanade. Sa façade de quarante mètres s'ouvre sur des jardins en terrasses, elle est agrémentée de quatre tours aux angles, Une des tours plus hautes que les autres, portE le mat destiné à l'oriflamme du seigneur. Dans la cour, il y a les écuries, la boulangerie, le four banal. Les inventaires du château, faits à l'occasion de décès, nous permettent de nous faire une idée très précise de cette très belle demeure, dont il ne reste que le vestige de deux tours. J'ai enregistré trois inventaires, dont le premier a été fait une centaine d'années après La construction et qui donne également les travaux à y faire.

Le château, dont la tour la plus élevée contient la chambre du seigneur, est orné de tapisseries, comme l'est le château de Couzeix et la maison principale de Limoges

La tradition veut qu' Henri IV soit venu dans notre village. Il n'y a aucune trace de ce séjour, mais les relations étaient telles entre la famille Benoist et le souverain, que cela n'est pas impossible. Un courrier du roi indique qu'il veut venir chasser et qu'il demande que soient réunis les gentilshommes des environs. Je sais également que Compreignac se trouvait sur le chemin de Paris à Limoges ; que l'un des chanoines à qui appartenait la « maison dite curiale», était Pierre Benoist, le frère du « général », l'homme que le futur roi avait consulté lors de son abjuration du protestantisme. Il a donc eu des raisons de faire une halte dans cette paroisse. Quant à y loger, le relais Henri IV, pas très loin, sur son trajet, porte dans les textes la preuve de son passage.

A l'intérieur de l'enceinte fermée, des maisons se sont élevées, le long des anciens remparts. Une métairie appelée de la porte, appartenant elle aussi aux Benoist, les maisons des notaires, Messieurs Philippe Martin, François Marchandon et Pierre Marchandon. Les maisons de la famille Pontabrier, qui outre le curé comportait un chirurgien, celles de Pierre Braquet et de Jean Perdrigier sergents royaux, de Léonard Ducloup dit « le bigot », marchand, de Léonard Dematis, procureur d'office, de Léonard Lafleur, diacre, de Jacques La Forie, arpenteur royal, de Mr Dubreuil greffier en la juridiction de Compreignac, de Mr Pasquet, huissier, de Jean et François Titou, « cousturiers », de Benoit Bord, marguillier. Des maisons, construites par des » bourgeois » de Limoges, étaient souvent occupées par les locataires des propriétaires, par ceux qui exploitaient leurs terres. Ils s'appelaient Vauzelle (ou Vouzelle), Neuf planche, Puismenier, Boullaud.

Même si l'orthographe est différente, à l'époque, on écrit comme on entend, certains de nos ancêtres étaient habitants du bourg. La plupart de ces hommes étaient laboureurs à bras, journaliers. Certains métiers comme maçons, tisserands, n'étant pas exercés toute l'année, étaient cumulés avec celui de laboureur.

Les familles vivaient dans de petites maisons basses, couvertes « à paille » souvent, peu éclairées, où tout le monde s'entassait dans la même pièce, au sol en terre battue, pièce dans laquelle on naissait, aimait, mourait, souvent dans le même lit, une paillasse recouverte de « couette, cuissin, et couverte », en plume, venant de la dot péniblement rassemblée pour le mariage. Les draps, peu nombreux, en chanvre, portaient le nom de « linceulx ». Une cheminée servait à la fois de chauffage et de cuisson pour la nourriture de toute la famille. On se contentait bien souvent d'une soupe, de châtaignes, quand celles-ci n'avaient pas été prises par les collecteurs d'impôts. On se nourrissait également de bouillies de seigle, qui lors des années humides était contaminé par l'ergot ce qui provoquait le fameux « mal des ardents ».

La pièce dans laquelle fumait la cheminée, alimentée par des restes de bois mort, le seul que le laboureur avait le droit de ramasser, n'était bien souvent éclairée que par la lueur du feu, la graisse étant gardée pour faire les chandelles destinées à l'église et au château, comme la cire des abeilles, qu'on déclarait souvent « vieilles », pour expliquer leur peu de rendement lors du passage des collecteurs d'impôts. Cette pièce communiquait avec la bergerie, pour ceux qui étaient assez riches pour avoir eu deux ou trois moutons, lors de leur mariage. Une très grande promiscuité donc, une eau, pas rare, car de nombreux puits existaient dans le bourg, mais servant à autre chose que pour les ablutions ; le travail dur, pénible, demandé à des hommes et des femmes mal alimentés, tout cela donnait une mortalité très importante, que des épidémies venaient encore augmenter. Les familles avaient de nombreux enfants, les riches comme les pauvres, la mortalité infantile, très importante, nécessitait ce nombre.

J'ai étudié plus précisément deux familles du bourg dans les registres paroissiaux, qui commencent en 1604 pour nous, la famille Titou et la famille De Neufplanche.

Entre 1604 et 1625, Pierre de Neufplanche a vu naître 7 enfants ; il en a vu mourir 4. C'est également le cas pour Titou. Il est rare de savoir quelle était la mère, car si le père figure sur le registre au moment de la déclaration, avec le parrain et la marraine, la mère, en revanche, n'y est pas. Il y a une raison à cela : l'église la considère comme impure pendant quarante jours après la naissance de l'enfant, elle ne peut donc pas être présente aux cérémonies du baptême administrées peu de temps après la naissance ; la peur de voir le nouveau-né disparaître avant d'avoir reçu ce sacrement, est très grande. Cela est quand même à remarquer, car les divers curés avaient à cœur de remplir correctement les registres et à Compreignac, avant 1650 aucune mère ne figure sur l'état civil. Dommage pour les généalogistes! La mère souvent, meurt peu de temps après la naissance de l'enfant. Il est fréquent de voir des remariages, un an après le veuvage. Les veufs ou veuves ne le restent que rarement longtemps.

Les mariages étaient organisés par la famille et les amis, la « future » étant très souvent absente lors du contrat . Le contrat n'était pas réservé au gens aisés. On en rédigeait à toutes les occasions. Ils sont une source intéressante pour la connaissance de la vie du village: Quelques uns sont parvenus jusqu'à nous. Surtout en ce qui concerne les villages. Peu d'actes concernant le bourg car Monsieur Martin a vu à la fin du XVIIIe siècle saisir tous ses documents. Mais ceci est une autre histoire !.

Le bourg de Compreignac avait été entouré de murailles, comme toutes les places fortes. Il était sur le « chemin qu'on va de Paris à Toulouse ». Il y avait deux moyens d'accès : un à pied en venant de Paris en montant la côte « de Gatebourg » actuelle, et l'autre, en prenant à gauche, au bas de cette côte, le chemin qui contourne le Puy-du-Rousseau (un « noble homme » de ce nom avait cette terre au Moyen Age), et qui va ressortir en face de l'actuel cimetière ; ce chemin appelé des « rouliers », servait pour les voitures. La première maison qui se trouvait avant la porte était une auberge. Il y avait une autre auberge sur la place. Elles ont subsisté longtemps et on voyait encore il y a quelques années écrit le nom du propriétaire sur la façade de celle de la place. Les rues à l'intérieur du bourg, n'ont été faites qu'à la fin du XIXe siècle et les étranglements marquent probablement l'emplacement des portes. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, date de la construction des routes du bourg, celui-ci a gardé les traces de ce qui fut à l'origine une motte castrale. Les procès verbaux des travaux faits alors, montrent que le creux qui se trouvait à l'emplacement de la route actuelle a été comblé, avec les pierres venant de la carrière, située à l'extérieur.

Le « vieux Compreignac » était alors bien différent de celui que nous connaissons. Le bourg grouillait d'une vie qu'on a de la peine à imaginer. Se côtoyaient les hommes qui travaillaient, les enfants qui, dès leur plus jeune âge, aidaient ; les moutons, la volaille, les chevaux des « bourgeois » ou du seigneur, les charrettes. Les bruits également étaient différents : le maréchal ferrait les chevaux, le « taillandier » fabriquait les outils, le tisserand ouvrait les portes de son atelier pour faire entrer la lumière . On vivait beaucoup plus à l'extérieur qu'à l'intérieur pendant la belle saison.

L'hiver, on se tenait près de la seule source de lumière et de chaleur, car les chandelles coûtaient cher !.

Mais on souffrait aussi plus des intempéries ; le froid, la boue, la neige entraient dans les maisons. Les accidents étaient fréquents, les hommes estropiés nombreux, ajoutons quelques mendiants, nous aurons une idée à peu près exacte de la vie de nos ancêtres au moment où commence l'histoire de la seigneurie de Compreignac.

La paroisse était composée de plusieurs villages. Les manses auxquels avaient succédé les tènements, s'étaient étendus. Ils avaient leur vie propre. Les habitants les co-tenanciers étaient toujours considérés en groupe. Ils payaient les cens, les rentes, en bloc; le montant des impôts était estimé pour l'ensemble, ils faisaient « l'un pour l'autre et un seul faisant pour le tout ». Si un de ces pauvres bougres ne pouvait pas donner sa part de grains, de gelines ou d'argent, les autres devaient payer pour lui.

Nous sommes en 1620, et messire Benoist fait la visite de son fief. Allons avec lui sur les chemins qui vont être sa préoccupation pendant toute sa vie, puisque le roi Henri IV vient de lui confier la charge de Grand Voyer de France.

Pontabrier, dont le moulin avait été acheté par le seigneur, hébergeait le meunier et sa famille, il s'appelait Jean Lafleur. Le moulin était banal, il était important, il avait quatre meules, « deux à seigle, une autre à broyer le chanvre et l'autre à piler le millet ».Le moulin banal servait, en principe, pour tous. Tout le monde devait aller y moudre son grain, en payant, bien sûr !.

Les moulins, disait-on à l'époque, étaient la richesse de la seigneurie. Ils étaient nombreux, ils étaient situés à la Rode le meunier était Jacques Marchandon, Chabannes (appelé le moulin du rocher), Pény (appelé Las Vaurias), Margnac (qui appartenait aux religieux de Grandmont), La Faye, Planchevielle. Ils étaient alimentés par des étangs. J'ai souvent lu que tous ces étangs avaient été creusés par les moines de Grandmont, mais, lorsque le village du Breuil a été donné à l'abbaye, au XIIe siècle, l'étang existait déjà et le moulin était en ruines. Il était lui, antérieur à l'abbaye. De tous ces moulins un au moins étaient « à la main » de Monsieur Benoist, c'est à dire sa propriété personnelle et non celle de la seigneurie: celui de La Rode, dépendant de celui de Pontabrier.

De la ferme, ou manse de Vedrennes, il ne reste comme trace que ce que les habitants appellent des souterrains. Probablement cette exploitation était-elle déjà abandonnée au début du 17esiècle, car je n'ai pas trouvé de trace, ni les spécialistes des recherches de Grandmont, après le décès de Catherine Benoist, à laquelle les revenus du domaine avaient été donnés au XVe siècle, lorsqu'elle est entrée à la Drouille Blanche, prieuré féminin dépendant de l'abbaye de Grandmont et dont elle est devenue prieure par la suite. Les habitants et les écrits de l'abbé Lecler parlent de souterrains alors que les textes anciens eux, parlent de caves. Il ne faut pas oublier– et lorsque j'ai participé à des chantiers de fouilles j'en ai eu la confirmation– que nous vivons sur nos déchets et le sol sur lequel vivaient les habitants de Compreignac, comme ailleurs, était souvent près de deux mètres au dessous de notre niveau actuel, ce qui met les « souterrains » moins bas qu'ils ne le sont actuellement.

Le village de Pontabrier se composait en plus de la métairie, de l'étang, de terres, de granges. Il était petit, mais c'est là que nous trouvons encore, sur un linteau de fenêtre, les armoiries de la famille Benoist (un chevron d'or accompagné de trois mains bénissant).Le seigneur avait l'habitude, comme souvent les nouveaux nobles de montrer ses possessions en mettant ses armoiries sur les portes, où elles devaient sans doute se trouver auparavant.

Le Mas, appelé encore à cette époque : Le Mas De Boussac, et La Roche (De Boussac),deux possessions du chanoine de ce nom qui étaient comprises dans son » Gros » avaient fait partie à l'origine du fief des Quars. Le seigneur y possédait une maison bien avant 1598, lors de la prise de possession par le prieur d'Angelard de son prieuré en 1550, il est mentionné comme témoin, Jean Jeanmetteaud qui était laboureur dans ce lieu ; j'y trouve les familles Lafleur, Marchandon, Talaud, Salaud, Bonnet, qui font valoir les terres des Pontabrier, des Dumas.

Mais, pour ce village, les choses étaient tellement compliquées, que les tenanciers, ne s'y retrouvant plus, avaient demandé à ce qu'un partage des redevances soit effectué .Il s'y trouve alors, comme seigneurs les Grands Vicaires de l'Eglise Cathédrale de Limoges, le seigneur de Compreignac, l'abbaye de Grandmont et d'autres. Une fois le partage effectué, la part de chacun semblerait dérisoire à l'heure actuelle, et pourtant, pour certains, bien difficile à verser.

Daumard appartient au XVIIe siècle aux Baignol, famille bourgeoise de Limoges Nous n'avons donc pas, ou très peu de documents sur ce village, à cette époque. Le seigneur de Razès y possède également un domaine.

Chabannes est important ; y vivent un maréchal, de nombreux laboureurs qui se partagent des tènements, l'un au seigneur, l'autre propriété du prieuré de la Drouille-Blanche ; quelques vieilles maisons portant des traces d'armoiries sont toujours visibles.

Bachellerie, va rentrer dans la seigneurie en 1619. Même si le seigneur n'est pas propriétaire de toutes les terres, il en est seigneur haut justicier. Curieusement, c'est dans ce village qu'est répertorié le moulin de Chabannes ainsi : « un moulin à une meulle à seigle, couvert à tuile appelle des rochers, une autre meulle a millet et une autre a chanvre couvert a paille. Deux maillerie l'une couverte a tuile, l'autre sans couverture le tout sis sur la riviere appellee de couze jardin potager coudert et champ froid en rocher ». Les terres ont été en grande partie achetées par la famille Martin, très vaste famille de Compreignac, dont le premier représentant nommé, est maître arpenteur demeurant au « Puy Meylier » famille différente des futurs seigneurs. Ces terres sont données à des métayers qui exploitent les domaines.

Venachapt et Praxigout, ont à peu près le même sort. Ces deux villages longtemps dépendant de la seigneurie de Moncocu, de la famille Razès, près de celui de Margnac, dont une partie appartient aux moines de Grandmont, ont des terres exploitées par des laboureurs, des journaliers, qui sont la propriété des bourgeois du bourg.

Le Chatenet-Maussant, appelé Chastagnet, voit comme habitants des Chastagnet, des Moulinot. Un acte passé le 20/01/1619, montre la fin d'un procès que ledit Moulinot avait intenté contre un habitant de Margnac qui devait depuis longtemps 27 £ à son père ( le notaire est Mr. Marchandon) .

A Margnac, l'étang et le moulin, sont aux « Messieurs de Grandmont », depuis le XIIe siècle. L'étang contient 4 sestérées14, le moulin, 32 perches ½. Le moulin est ainsi décrit : « Un moulin à trois meules, l'une pour le seigle, l'autre pour le millet, l'autre à chanvre, jardin et coudert, le tout se tenant ensemble ». Une autre maison leur appartenait ; curieusement sa façade comporte des pierres de couleur rose sur trois rangées, ces pierres, toutes de la même grosseur, donnent encore à cette maison un aspect particulier. Le reste du village payait la rente foncière aux grands vicaires de l'église de Limoges.

Peny, un petit village, son moulin placé sur la rive gauche du Vincou, séparé des autres maisons, est décrit ainsi : « Moulin à une meule à seigle et une à chanvre », son emplacement est encore visible. Le moulin est habité par les membres de la famille Sallaud ; je les ai répertoriés depuis 1604 et les derniers meuniers portant ce patronyme ont disparu après la seconde guerre mondiale. Le meunier est aussi cabaretier Le cadre est assez sauvage, pour penser que les habitants de ce lieu étaient des solitaires. Le tènement, lui, n'est pas très important. Le village subsistant ne semble pas avoir été plus gros. Un de ses représentants, à la période révolutionnaire, a été très impliqué dans la condamnation du meunier de Pontabrier

La Vauzelle (Vouzelle), sur une hauteur, un de ceux pour lesquels nous avons le plus de renseignements ; un des plus importants aussi, c'est sur ses coteaux d'accès que se trouvaient les vignes, c'est de ce lieu que sont venus les Perdrigiers et les Boullaud. Les terres qui initialement étaient au Chapitre de la Cathédrale de Limoges avaient été vendues au curé qui les avaient cédées à des tenanciers. Une partie de l'étendue de ce village était dans la mouvance15de l'ordre des templiers. Le village était établi autour d'une croix. Des habitants ont porté pendant longtemps le nom du village. Malheureusement, des modifications récentes ont abîmé la petite place et la petite croix se trouve maintenant incluse dans un mur moderne.

Planche-Penit, a donné lieu en 1615, à un procès entre Monsieur François Decoudier procureur d'office de Razès, et Monsieur François Marchandon notaire de Compreignac. Le 31/03/1597, le notaire avait vendu à Jean Decoudier, curé de Saint-Léger, des domaines, pour la somme de 76 écus 2/3, son héritier voulait les récupérer en faisant valoir son droit de « retrait lignager »16. Après de longues tergiversations les hommes avaient fini par arriver à un accord sur une somme convenable, que l'héritier du curé devait verser pour récupérer son bien ; et pendant ce temps-là, quelques laboureurs continuaient à travailler ces terres sans savoir si après ces tractations ils pourraient encore « les tenir et en jouir ».

Maudan, deux ou trois maisons, abritant en 1607 Léonard Legrand ou Martial Roudier, des châtaignières, des terres, un nom de village fréquent dans le nord du département ; peut-être à associer avec Malledent, qui est le nom d'une famille importante de Limoges et de ses environs, et dont l'origine est dans le village de Chaptelat. François Malledent, fut l'espace de quelques jours, curé de Compreignac. Mais il résigna rapidement la cure, ayant été sans doute humilié de l'accueil étrange du vicaire, qui prétexta avoir perdu la clé de l'église lorsqu'il voulut en prendre possession, l'obligeant à entrer dans l'édifice par la petite porte latérale.

Le Lac, très près du bourg, regroupe les laboureurs qui font valoir les propriétés des « bourgeois ». Un litige réglé en présence de Jean Martin, le notaire, entre Jean Vergnaud, et François dit « le petit », au sujet d'un échange de terres, a laissé des traces écrites. Les deux hommes avaient échangé un pré, appelé du « peu du lac », de la contenance d'un journal, contre une terre appelée « de leycrousace » de celle de 5 quartelées. Il a fallu après que « ledict Lepetit ait fait assigner ledict Vergnaud », nommer un tiers qui a estimé les deux parcelles à des valeurs différentes ; malgré son intervention, ils n'ont pu s'entendre sur le prix et ont décidé de reprendre chacun leur bien. Ils ont du payer les frais du procès et de l'acte notarié ! (03/04/1619). Ce village faisait partie du fief « des Quars ».

C'est entre ce village et l'enceinte du bourg, et s'étendant jusque au niveau de l'actuelle route qui conduit à Limoges, que se trouvaient les terres dites « de la Maladrerie, et des chapelles » vestiges des anciennes constructions qui correspondaient à l'hôtel Dieu de Limoges: Hors du bourg, dans les maladreries, vivaient et étaient enterrés au Moyen Age, les porteurs de la lèpre

Le Puy-Mélier, dont la configuration a peu changé était une métairie appartenant à la famille Martin ; elle était exploitée par des laboureurs qui l'affermaient .Les contrats d'afferme étaient très peu intéressants pour les preneurs ; ils étaient parfois « à moitié fruits », mais comportaient tellement de contraintes que les fermiers n'étaient pas beaucoup plus heureux que les laboureurs.

Montchaud, un village déjà éloigné du bourg, sur la butte avec comme moyen d'accès un de ces chemins que Monsieur le curé qualifiait de pierreux et plein d'embûches gravissant à travers les bois, où l'hiver, la neige et les loups étaient présents, village isolé, comprenant une dizaine de maisons, dont sont descendus le 26 juillet 1604, Symon Rappé, Narde Merelle, et leur fille Narde, pour conclure le contrat de mariage de Anthoine Groscap, fils de Valérie Cyrau, veuve de « feu Jehan Groscap ». La famille Rappé n'était pas pauvre, la dot de ladite Narde étant de : 190 livres17, un lit garni, six linceux18, une douzaine de couverts, trois robes, deux tabliers, cinq brebis avec leurs agneaux. Les Grocaps venaient du village d'Anglard (Couzeix), dont les Benoist étaient également seigneurs.

De Montchaud, par les clairs jours d'été, apercevait-on la fumée des maisons du village qui se trouvait sur la butte, en face ? c'était La Gente (écrit souvent encore Jante, courbure en gaulois ). Ce village, un des plus anciens de Compreignac, était probablement à l'origine un lieu plus important ; il devait être beaucoup plus étendu, avec en contrebas, son étang. La famille Guette y habitait déjà en 1608. Elle y restera jusqu'au siècle dernier. Les Margnajou, Jean, François et Léonard avec leurs épouses et leurs dix enfants, François Bugnet, Jean Benatier, leurs épouses et leurs nombreux enfants, remplissaient les maisons, sur le bord d'un chemin passager, sous lesquelles on avait, depuis longtemps, aménagé des caves profondes pouvant servir de refuges en cas d'attaque. Là aussi ce village faisait partie du fief des « Quars».

Continuant notre route vers le bourg, nous serions arrivés aux villages du Grand et du Petit Malagnac ; l'un à droite n'ayant qu'une métairie, l'autre sur la gauche regroupé et plus important. Ils ont été achetés à la famille Duboist, alliée depuis longtemps à celle des Benoist, celle ci avait acquis du chapitre de Saint-Martial, la rente du petit Malagnac en 1568. Ce village, éloigné des autres a une structure qui n'a pas beaucoup changé . C'est là qu'est venu s'installer Jean, fils d'autre Jean dit « jeandille », ce surnom est devenu le nom d'une famille dont des descendants ont subsisté jusqu' à nos jours . Le nom du village a été aussi porté par des habitants du lieu.

Revenant sur nos pas, allons à Couteillas et à Lavaud-Couteillas. L'un et l'autre ont comme propriétaire des domaines, la famille « Cousteilhas », qui en a déjà vendu une partie aux Dubois, à la suite d'un partage familial ; ce qui ne veut pas dire exactement la même chose que de nos jours, le propriétaire foncier reste le seigneur, et la famille qui a acquis ces terres ne peut les vendre qu'en payant à Messire Benoist un impôt « lods et ventes et droit de mutation », de même, le seigneur perçoit sur la totalité de son fief , les cens, et les rentes. Ces villages avaient été à l'abbaye de Saint-Martial, qui était restée le suzerain du seigneur de Compreignac, comme Monseigneur l'Evêque l'était sur une grande partie de la paroisse.

Suivons le seigneur dans sa visite, et allons à La Faye. Là aussi, nous trouverons un étang et un moulin « à deux meules, l'une à seigle, l'autre à chanvre »; il est situé au dessous de l'étang, quelques maisons, dans l'une d'elles Pierre et Jean Nicolle, père et fils marient leur fille et sœur, Léonarde, à Jean Batissou de la paroisse de Bonnac, et lui donnent 180 £, 5 grandes brebis, un lit garni, 6 linceux, 6 chemises et 3 robes . Ce moulin a aussi comme suzerain l'abbé de Saint Martial

Vieilleville nous attend. Le chemin pour s'y rendre est des plus malaisé. Le village est important. Lui aussi comporte un dédale de caves communiquant entre elles, attestant de son ancienneté. Là aussi le seigneur n'est que haut justicier, le foncier appartenant toujours à l'abbaye de Saint-Martial. En 1619, Léonard de la Jay et son frère, Martial ont du payer à l'abbé 7 £, 10 sols de lods et ventes, pour « un héritage » qu'ils ont acquis pour 45 £ ; Antoine Salaud et Léonard Roulaud, eux , ont donné 4 £ et 08 deniers pour un achat de 24 £. Là encore il y a quelques années, Joseph de Vieilleville, fils de feu Jehan de Rousseau, s'est fait rembourser une partie de la dot de sa mère décédée prématurément. Dans ce lieu habitent également les Cubertier, les Delaigne, les Bureau, qui pour survivre empruntent des sommes parfois très importantes à des marchands de la ville, et comme ils sont dans l'impossibilité de les rembourser, ils sont obligés d'abandonner leurs maigres propriétés à ces citadins qui les font alors exploiter par d'autres malheureux .

De Vieilleville à Puy-Martin, le chemin n'est pas bien long. Comme tous les lieux qui commencent par « puy ou puis », il se trouve surélevé. Il est composé d'une grosse métairie. Il appartient encore à la famille Gay, alliée elle aussi à celle de messire Benoist. C'est un des membres de la famille Gay qui va payer la dot de l'une des filles du seigneur, lors de son mariage avec Monsieur Du Bernet, conseiller au parlement de Bordeaux. Il y a quelques années, Martin de Sauvages, Mathieu Braquet, et Jehan Ichandon lui payaient 3 écus.192/3, de rente.

Nous passons devant l'étang, propriété du seigneur, nous nous dirigeons vers Planchevieille ; l'étang est là. Une des richesses de ce fief, ces étangs empoissonnés qui se pèchent régulièrement et dont le poisson est vendu par les Cybot bouchers de Limoges .

Messire Benoist infatigable, décide de poursuivre sa visite en se rendant au Boucheron. Le village est en Basse-Marche. La Marche ne vit pas sur le même droit que le limousin . Le Limousin est un pays de droit écrit et la Marche un pays de droit coutumier, et, de plus la Basse-Marche fonctionne avec la coutume du Poitou, valable pour un grand nombre d'actes et différente de celle du Limousin !

Le seigneur de Compreignac a-t-il demandé que le même droit régisse toute sa seigneurie ?. Je n'ai pas trouvé de trace écrite d'une telle demande, mais dans certains actes notariés, il est fait allusion à la coutume du Poitou pour les mariages. Là aussi toutes les terres ne sont pas à lui. Une partie est restée propriété du seigneur de Thouron, c'est pourquoi les rentes sont en tiercerie avec lui, et nous devons lui laisser une gerbe sur trois sur les récoltes. Une petite portion est à Messire Reculès conseiller du roi au siège présidial de Limoges, un homme important, et de ce fait, à ménager.

Messire Reculès possède également le village de La Courède. Il reste au bord de la route actuelle une maison, avec de jolis linteaux « en accolade » ornés de restes d'écussons qui à n'en pas douter fut la maison « de maître » de ce domaine. Il est à noter que l'accolade du linteau semble être le symbole des maisons de prêtres

Poursuivons par le passage au Coudert-Jourde. Longtemps, il a été écrit par les diverses personnes s'intéressant à l'histoire de Compreignac, que ce nom désignait une partie du village du Boucheron. Certaines terres des deux villages se touchent. Mais plusieurs actes notariés indiquent cet endroit : « autrement dit la male-roche », qui est devenu par la suite Le-Mas-La -Roche. Les appellations anciennes faisaient qu'on ne pouvait pas confondre Le Mas de Boussac et Le Coudert Jourde. Comme le Boucheron, ce village est dans la Marche. Il est lui aussi sur le « grand chemin qu'on va de Paris à Limoges ». On y trouve une auberge. Il est très près du Breuil propriété de l'abbaye de Grandmont. Là messire Benoist a bien une forêt avec des arbres « de haute-futaye », mais il voudrait bien obtenir du seigneur abbé qu'il lui laisse les terres .En 1586, sur ce village, il a acheté de Messire Dom François de Neufville, abbé de Grandmont, la rente due par les habitants, mais celà a été fait à pacte de rachat, par le chef de l'ordre ; l'abbaye ayant alors besoin d'argent. Le seigneur ne sait si l'abbé maintiendra sa vente ou demandera a racheter sa rente. Cette transaction conduira à un très long procès.

« Mais, comme il est heure tarde, nous remettons la suite de la visite au lendemain ». Nous rentrons donc à « nostre hostel », les chevaux et les mules étant fatigués.

Les fortes pluies rendant les chemins impraticables, le seigneur dudit lieu devra attendre plusieurs jours avant de pouvoir reprendre « l'inventaire » de son fief et aussi de se faire reconnaître par les divers tenanciers des villages où il passe. Ses affaires l'appelant à son moulin de Pontabrier, il va en profiter pour pousser vers Népoux. Là une partie du territoire fait partie des possessions du Commandeur de Pauliac, chef de l'ordre des templiers. Mais le tènement de Nespoux, dont nous avons les contours, très étendu, est propriété des Grands Vicaires de l'Eglise de Limoges .Ces Messieurs en ont fait reconnaître les contours en 1592, les habitants refusant d'être présents, par un huissier et un habitant du bourg. Le procès verbal de la visite commence devant la maison de Thoumieux Dougniaud , et elle se poursuit ainsi : « Me suis transporté au chemin étant entre l'étang de Népoux et du Puymeynier, ledit chemin venant du village de Lavaud Floret au village de Villebert, ledit chemin faisant division entre les terres de Népoux appelées''de la leu guignade'' et les terres et champs du Puymeynier, tirant tout le long dudit chemin jusqu'au lieu appelé ''le buisson de Villebert'' ; Le grand chemin tirant de la ville de Bellac à Grandmont, tirant tout le long dudit chemin jusqu'au puy appelé'' du dougnon'', suivant un tertre faisant division entre les terres et bois dudit village de Villebert et de Népoux ; ledit puy du dougnon devers main droite, descendant jusqu'à la rivière appelée''de Croze'', ladite rivière faisant division entre les champs froids et pasturaux du village de Friaudour et champs froids dudit lieu de Nespoux, d'autre suivant tout le long de ladite rivière jusqu'au pastural appelé ''de la Breuilhe'' et d'illec montant tout le long des bois dudit lieu de Nespoux et de Chabannes jusques à une borne joignant dudit chemin tirant de Bellac à Grandmont, faisant ladite borne division entre les champs dudit village de Nespoux et de Chabannes, tirant ledit chemin de Grandmont à Bellac, jusqu'au grand chemin des chariots ou rouliers, venant de Paris à Limoges, le long d'un tertre, ledit tertre faisant division entre les champs et terres dudit lieu de Nespoux et de la Roche de Boussac, tirant tout le long du grand chemin jusques à une borne estant près du buisson appelé ''de mejurat'', descendant au ruisseau provenant de la fontaine de Népoux et de l'étang du lieu de Népoux, montant à un petit tertre près du puy appelé ''de las combas'', ledit tertre faisant division entre les terres et héritages de Lavaud-Floret et de Nespoux , ledit puy de las combas, demeurant devers main gauche, retournant audit chemin allant de Lavaud-Floret à Villebert, entre lesdits étangs de Nespoux et du Puymeynier». Le tènement est très étendu certes, mais assez mal exploité, car les gens de ce village sont les plus pauvres de la paroisse. Il y a peu de temps encore, Pierre du Rousseau, Guillaume Mérigaud, dit « le gros », Pierre fils d'un Mérigaud et Jean de Margnac, ont donné au curé de Saint-Jean, un des grands vicaires de l'église cathédrale de Limoges, comme fermiers des dîmes de la tenue20de Nespoux, 35 sestiers seigle mesure de Limoges .Il va falloir demander à ces hommes et ces femmes de ce village de défricher, de travailler plus encore, pour que, non seulement les redevances soient mieux payées, mais encore, que les mendiants venant de ce lieu, encombrent moins souvent la porte de l'église paroissiale. Il y a , là aussi, un étang , mal entretenu.

En haut, se trouve Villebert, et son tènement appelé « la Grazouille » Villebert est dans la paroisse de Compreignac et la Grazouille dans celle de Saint Pardoux. Si Villebert existe toujours, La Grazouille a peut-être été remplacée par La Brandouille, localisée au même endroit et n'existant pas comme appellation au début du XVIIe siècle. Là, vivent des Martin, des Mounier, le sieur Ducourtieux praticien21, là aussi, Monsieur Mazéraud, curé de Nouic a un domaine, qui lui, est bien affermé. Le chemin que va prendre Messire Benoist, est un des meilleurs pour continuer sa visite vers un des lieux dont il est le plus fier .

Messire Barny, l'a acheté à la famille de Rouffignac en 1583, et a bien voulu le lui revendre. C'est le Puy-Menier, village encore plus important que le bourg, lui même. Il compte 19 feux, alors que le bourg n'en compte que 18 . C'est grâce à l'acquisition de ce lieu riche en histoire, que le seigneur de Compreignac a pu faire peindre sur une des clefs de voûte de l'église, les belles armoiries qui symbolisent la réunion de ses deux fiefs : «de gueules, avec en chef trois merlettes de sable » Les merlettes étant les armoiries de la famille Chauvet et de Gueules celle de la famille Rouffignac, qui par le passé a possédé une partie des terres. Bien sur, la maison forte qui dominait le village n'existe plus, mais le lieu lui plaît ; il est situé sur la hauteur, et facile à défendre. Les Cubertier y exercent le métier de maréchal, Jean Boulaud, le jeune, y est tailleur de pierres, un bon ouvrier dont il a grand besoin pour relever ses maisons et réparer ses métairies. Le dernier descendant de ce tailleur de pierre est décédé il y a très peu de temps.

Lavaud-Fleuret (appelé parfois floret ou fleuri), n'est pas très loin, une dizaine de maisons le composent. Elles sont bien réparties de chaque coté du chemin. Là demeure la famille de Nouailhat. D'un trait de cheval, on est vite arrivé à la Courède, où Monsieur de Reculès, déjà cité, possède des propriétés sur lesquelles Messire Benoist n'a aucun droit de regard, mais il est justicier de ce lieu. Le seigneur de Château-Moulin a délégué à Maître Pierre Patilhaud notaire l'afferme de ses biens. Dans ce village vivent Michel Chatenet, laboureur, Léonard Busquet maçon et leurs familles.

Martial Benoist, ses affaires l'appelant au « Petit Limoges » (Couzeix), décide de rentrer à son château pour repartir demain matin de bonne heure vers la ville.

Bien sûr des lieux n'ont pas étés visités : Montégut, rassemblé autour de son prieuré de femmes [ Montégut le Noir, car les moniales étaient vêtues de cette couleur]; il n'y a plus de moniales mais l'abbaye le Ligueuil dont il dépend gère toujours les terres qui y sont rattachées

.La chapelle est en mauvais état, des réparations ont étés demandées par les habitants, afin de pouvoir y assister aux messes et aux enterrements dans le cimetière qui est de part et d'autre du chemin qui traverse le village. Les revenus de ce monastère ne sont pas très importants. Ils sont complétés par ceux du mas de Goupillou (Bonnac) mais l'abbesse a beaucoup de mal à se faire payer et est souvent en procès avec les tenanciers. Parmi ceux-ci figurent Léonard Belugon, Simon de Mathieu dit « couqui », ses parents Léonard et Léonarde Marniajou, son frère Jacques. Les terres du temple près du village de la Gente appartiennent aussi au monastère.

Le seigneur ne sera pas allé non plus à Beaumont, ni à Beausoleil, ou au Massauvas (mas-seuve). Mais dans ces lieux un autre seigneur étend son autorité c'est Monsieur De Villelume, seigneur de Trasforet de la paroisse d'Ambazac. Quelques terres cependant, font partie de l'héritage acquis de Messire Barny .

Il visitera également plus tard Népoulas, village partagé entre le petit et le grand Népoulas dont les terres appartiennent à plusieurs seigneurs fonciers : l'abbé de Grandmont, seigneur foncier du « mas d'Angelard », l'abbaye St-Martial, foncière du tènement qui porte son nom, le prieur deLa Mongie, dont les biens sont répartis entre plusieurs tenanciers et plusieurs affermiers .Il n'y a pas de moines ni à La Mongie ni au prieuré d'Angelard et si les prieurs viennent de temps en temps, ce n'est que pour encaisser les bénéfices de leurs revenus et pour prendre possession de leur prieuré : une cérémonie dont le processus immuable est parvenu jusqu'à nous. Le futur prieur prend possession des lieux, lui ou son procureur ; en entrant dans la chapelle, en touchant le verrou de la porte d'entrée, en se dirigeant vers l'autel, devant lequel il s'incline et qu'il baise, puis il pratique l'aspersion d'eau bénite et proclame à haute voix qu'il est le vrai possesseur du prieuré. Il est mêmr arrivé, dans la période mouvementée des guerres de Religion, que le prieur nommé doive se contenter de regarder la porte, car il il ne pouvait pas s'approcher de l'édifice !

La Mongie et Angelard deviennent des prieurés simples. Angelard portera l'attribution de préceptorie, c'est à dire qu'il n'avait pas de religieux, mais celui qui le possédait avait la possibilité d'instruire ou de faire instruire gratuitement de jeunes enfants. C'est une survivance de son passé de prieuré de la Maison Dieu de Montmorillon. Les prieurés de cet ordre de chevalerie, ont été créés au moment des croisades pour doigner les ladres ; sa possession passera successivement aux Augustins de Montmorillon, puis de Limoges. .

Il est intéressant de voir que chaque « tènement » ou village fait un tout , entouré par un chemin qui le délimite et le rend ainsi indépendant. Cela vient souvent des seigneurs qui l'ont possédé : pour faciliter l'arpentement, ils ont voulu l'entourer de la sorte et se sont parfois servi de chemins beaucoup plus anciens, pour le borner.

Un grand nombre de ces terres, sont devenues la « propriété » de bourgeois de Limoges qui les font exploiter par des laboureurs. C'est dans l'une d'elles qu'habite Maître Jean La Faurie arpenteur, qui se charge d'encaisser les droits de mutation22 sur des terres vendues par Martial, dit Martialy, à Pierre Pérat. Il est marié avec la demoiselle Martin, fille de l'ancien arpenteur de Compreignac, figurant parmi les protestants répertoriés dans la généralité de Limoges. C'était le seul protestant attesté dans la paroisse de Compreignac.

Mais si Messire Benoist ne peut tout parcourir en 1620, il est déjà âgé, il a des représentants très efficaces qui travaillent pour lui et qui suivent ses directives à la lettre. Même si ses responsabilités de trésorier général de France, le font séjourner à Couzeix ou à Limoges dans sa grande Maison des Bancs, il sait parfaitement ce qui se passe dans son fief. Personne n'oserait essayer de le tromper ou de lui faire une offense quelle qu'elle soit. En 1623, un différent qui l'opposait à Maître Léonard Teyteys, alors curé de Compreignac au sujet des dîmes à prélever sur le village du Puismenier, depuis 1606, va enfin trouver une solution; mais le procès sera gagné par le seigneur et messire Teyteys y aura perdu beaucoup d'argent, bien que le seigneur, magnanime, lui fasse cadeau de la moitié des dépens

De son mariage avec Damoiselle Jehannette Douhet, Martial Benoist avait eu de nombreux enfants. Un seul fils restait vivant : Pierre. Les relations de la famille Benoist étaient telles, que les alliances qui se firent à cette époque, l'ont été avec des familles dont l'importance et la renommée avaient tout à gagner. Henri IV qui avait fait la notoriété des Benoist avait disparu ; le roi Louis XIII ne favoriserait pas ses représentants, mais la puissance était telle, que les unions avec ses membres étaient recherchées.

Martial Benoist eut à réaliser pour le roi Henri IV plusieurs démarches : Avec Monsieur De Marsillac il fit le recensement de toutes les familles nobles de la Généralité de Limoges. Il eut aussi la charge de l'enquête qui décida de maintenir la ville de Saint-Léonard dans les franchises qui lui avaient été accordées par les précédents rois. Les traces écrites de ces actes existent aux archives de la Haute-Vienne et dans les registres du Parlement de Bordeaux, dont dépendait la Généralité.

Une de ses filles, Catherine épousa Monsieur Joseph Du Bernet, Premier Président au Parlement de Bordeaux. Une de ses tantes, Madame Gay, la dota richement. Le contrat a été rédigé et signé à Bordeaux. La petite fille de Catherine fut la grand mère de Montesquieux !

Peyronne, épousa Mathieu Malledent, futur trésorier général de France, le 24 janvier 1604. .

Marie fut mariée à son cousin, Gaspard, de parentée assez éloignée ; je n'ai pas trouvé de demande de dispense. Mais la descendance fait penser que ce « cousinage » était rapproché. La branche dont celui-ci était issue possédait des terres à Chaptelat à Couzeix, et par cette union se regroupaient des possessions qui, jadis avaient été séparées lors de partages entre frères et neveux au XIVe siècle .

Françoise, après un mariage très court, veuve à l'âge de dix neuf ans, fut à l'origine en 1619, de la création du Carmel de Limoges. Elle y eut le titre de fondatrice, de même que sa mère, Madame de Douhet, ayant apporté la somme de 20 000 livres d'aumône dotale. Ce furent les deux femmes qui accueillirent la carmélite venue d'Espagne pour la création

Pierre, le seul fils encore vivant à la mort de son père, avait épousé le 2 septembre 1605, à Bordeaux, Anne De Pontac, fille du Premier Président de la cour du Parlement. La dot de la demoiselle de Pontac était de 12 000 livres. Venaient s'y ajouter les bijoux, les robes. Le « général », n'était pas présent lors du contrat, retrouvé dans les archives des notaires de Bordeaux. Son gendre, le président Du Bernet, le remplaçait ; il avait procuration, mais par acte du 27 janvier 1607, Messire Benoist déclare à Maître De La Fargue (le notaire) qu'il est d'accord en tous points avec le contrat passé dans cette ville, entre son fils et la Demoiselle De Montplaisir .

Lors du mariage de Marie avec son cousin, Pierre avait abandonné son office de lieutenant particulier et assesseur criminel au siège présidial de Limoges, au profit de son beau-frère ; la trace de cette tractation subsiste dans les archives du parlement de Bordeaux.

Martial Benoist décède le 6 octobre 1625 à Limoges .Les registres de l'état civil de l'église Saint-Pierre du Queyroix, ainsi que ceux de l'église de Compreignac en portent la l'inscription .On peut lire sur celui de la paroisse : «Le sept du mois de octobre fust scepulture feu Monsieur le General seigneur de Compreignac dont le corps git a l'eglise de saint pierre du Queyroix à Limoges» ; il était âgé pour l'époque: il avait soixante quinze ans. A Compreignac, on peignit autour de l'église la litre23 funéraire. Une plaque avait été gravée et déposée dans le sanctuaire de l'église du bourg .Elle portait l'inscription suivante :

« Le sixieme octobre mille six cent vingt cinq deceda Monsieur Martial Benoist, escuyer, seigneur du Mas-de-Lage et Compreignat, conselier du roi president et tresorier general de France au bureau des finances en la generalite de Lymoges : lequel par son dernier testament du vingthuitieme octobre mille six cents vingt un, signe Leyssene, notaire royal fonda, en l'eglise de ceans, un service pour les morts le sixieme de tous les mois de l'annee tel jour qu'il decida ordonne de plus qu'il sera toujours entretenu une lampe ardente, jour et nuit, devant le Saint Sacrement, de quoi il a charge son fils et heritier lequel a fait pour cette lame, afin qu'a l'advenir les susdites fondations soient bien executees et pour perpetuelle memoire de la piete et devotion du defunt ».

A Saint -Pierre du Queyroix, la famille avait sa propre chapelle dans laquelle tous étaient enterrés. Cette chapelle et la vicairie qui l'accompagnait avaient été créées en 1351 par Pierre Benoist, l'ancêtre commun, le plus important à cette époque

A Compreignac, comme partout, on enterrait dans l'église, et autour de l'église. Les enfants étaient presque toujours sépulturés à l'intérieur, ou contre les murs extérieurs ; de nombreuses femmes également. Quant aux hommes, ils étaient souvent inhumés dans le cimetière paroissial, qui jouxtait le bâtiment, sauf pour ceux dont la notoriété permettait les tombeaux à l'intérieur de l'édifice.

Il était très important que les petits enfants soient baptisés car, sans cela ils ne pouvaient pas avoir de sépulture chrétienne. Les dangers auxquels étaient exposés les nouveaux-nés exigeaient parfois que ce soit fait à la maison, par la femme sage. Cela n'empêchait pas qu'un sacrement officiel ait lieu dès que cela était possible .

Le premier mariage dont les registres paroissiaux aient gardé la trace est celui de Jean Martin notaire royal au bourg, avec Marsalle Dentragas :il a été célébré le 20 août 1603 .

Le premier des seigneurs « Benoist » décédé, son fils allait-il agrandir le fief, ou se contenterait-il d'assurer l'assise de ce qui avait été acquis ?

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