Compreignac

Les villages, ou lieux-dits qui sont actuellement dans la commune de Compreignac, existent avant que la paroisse soit constituée.

Un lieu, comme La Jante, par exemple, est nommé et comporte des habitations qui datent de l'époque médiévale ; Des vestiges( monnaies) trouvés dans ce lieu datent de l'époque romaine. Ils prouvent que cet endroit a servi aux troupes pour y faire un atelier provisoire pour frapper les monnaies.

Il n'y a pas de documents écrits permettant de savoir ce qu'était la vie dans Compreignac à l'époque gallo-romaine et au haut Moyen-âge.

Les premiers écrits datent du XIe siècle et ils parlent de villages « Le Mas » et « La Roche » qui appartenaient aux chanoines du chapitre cathédral de Limoges. Le Mas est une ferme, un manse, au XIe siècle, il appartenait au chanoine Boussac et se nommait ainsi « le Mas de Boussac » . La Roche ( de Boussac), plus important, avait sans doute déjà une chapelle, car on parle de la chapelle de cet endroit qui est agrandie après la peste de 1630 ; les historiens du XIXe siècle, disent qu'elle a été construite après cette terrible épidémie, mais on trouve dans les registres paroissiaux des cérémonies ( baptèmes, et enterrements) faits pendant ce temps, preuve de l'existence de cet édifice. Peut-être se limitait-il à une très petite chapelle ou même à un simple baptistère. Ce lieu existait avant la construction de l'église dans ce qui va devenir le bourg au début du XIIIe siècle.

Il est certain que les diverses terres qui allaient former la paroisse, étaient sous la possession seigneuriale de l'évêque de Limoges et c'est par les hommages qui lui sont faits que nous savons quels sont les chevaliers qui en avaient la gestion ; quelques unes ont été données au XIIe siècle à l'abbaye de Grandmont, comme « Margnac » à cause de son étang et de la possibilité d'y édifier un moulin, de même qu'à « La Tricherie ».

Le lieu de « Los Angelas », qui allait devenir le village d'Angelard a été donné par les seigneurs de Rancon, qui en géraient les terres, à l'abbaye de la Maison Dieu de Montmorillon, qui y établit un prieuré, autour duquel s'établit le village avec sa chapelle.

Le village de Montégut s'établit autour du prieuré de filles qui dépendait de l'abbaye

Sur ce qui sera la paroisse de Compreignac, un certain nombre de familles nobles, Rancon, Razès, Normand, Nieul ont mis leur puissance. Ces familles sont parentes car il y a de nombreux mariages entre elles. La plus puissante est celle de Rancon qui a des alliances avec les vicomtes de la Marche, auxquels elles rendent hommage. Les alliances avec cette maison sont souhaitées par de nombreuses autres de la région. Nous sommes à l'époque à la limite du Limousin et de la Marche

Dans ce qui allait devenir « le Bourg » existaient des habitations que nous considérons actuellement comme des souterrains et qui étaient probablement des habitations troglodytes ; il existait à La Jante, Puymenier, des habitations semblables, qui existaient avant l'édification du Bourg. Il faut se rappeler que l'on vivait au Moyen âge une toise(1,80m) au-dessous du niveau actuel, et que tous ces lieux de vie ont été creusés dans du rocher ; Dans l'histoire du Dorat du temps de saint Israel, premier abbé, il est parlé d'habitations troglodytes au VIIIe siècle

Les biens, dans ce qui allait être la paroisse de Compreignac, étaient associés à la seigneurie de Razès pour les évaluations destinées à l'évêque et aussi pour la partie de La justice. Les documents concernant les divers villages sont donc disséminés dans diverses parties de registres placés dans les archives de l'évêché Les dates précises ne sont pas toujours données.

Le Bourg

Les premiers documents qui parlent de cet endroit datent du début du XIIIe siècle. L'évêque de Limoges donna la gestion de certains lieux dans Compreignac à un chevalier de Nantiat Raymond Bodoyer Celui-ci construisit une maison forte avec une chapelle, sur l'endroit le plus haut qu'il entoura de murailles. Ce fut la base du Bourg La Chapelle, dont le plan des fondations a été donné par les fouilles effectuées lors des travaux du XIXe, était romane Le chœur actuel n'existait pas ; il y avait une seule chapelle dédiée à saint Jean, appelée actuellement saint Eutrope, elle n'était pas fortifiée. Il y avait deux portes, l'une dédiée au peuple a été conservée ; l'autre qui correspondait à la maison forte, a été dégagée lors des travaux de 1990. Elle permettait au seigneur du lieu d'entrer seul dans le monument à sa guise

Ses fils Aymeric, Pierre et Hélie, succèdent

Les tours, maisons fortes, et dépendances entourées de murailles étaient bordées d'un chemin dont on trouve des vestiges de chaque côté de la route qui monte de Pontabrier vers le bourg Je pense que toute cette partie du bourg en hauteur était entourée de murailles qui protégeaient l'endroit Il existait une deuxième ligne de défense qui se situait le long de ce qui est actuellement la rue principale. Entre ces deux murailles, il y avait des fossés (nom des prés qui ont été établis à cet endroit )

Il y avait deux façons d'entrer dans cet endroit l'une à cheval ou à pieds en montant la côte dite « de Gatebourg » ; l'autre après le lieu de Pontabrier (pont chabrier : pont des chèvres), en contournant à gauche le sommet appelé « le Puy du Rousseau » et en prenant le chemin des Rouliers qui sortait en face de ce qui est le cimetière actuel. A la sortie de ce chemin, il y avait une auberge juste à l'entrée du Bourg.

Le chevalier, membre de la famille Bodoyer, avait la gestion des biens suivants :

· son hébergement de Compreignac, avec ses arbrisseaux et les hommes qu'il a sur Compreignac
· pour la sixième partie de la Dîme galant
· pour la forêt, appelée « les Charfoins », située à Beaumont et pour 15 sols et 3 émines de seigle, qu'il a de rente sur Beaumont
· sur la proche forêt de Palutrat,
· pour deux feux sur la Breuilhe
pour un manse à Lavaud Pailhard
3 émines de seigle sur La Vauzelle.
Il n'y avait que peu d'habitants dans ce lieu

Après Raymond, à la fin du XIIIe siècle, on trouve les hommages de Hélie Bodoyer

§ Avant 1292 Hommage de Hélie Bodoyer :

· 6 deniers de commende sur le Mas deu Penit
· 6 deniers de commende sur le mas de Daumart ;
· 5 sols sur le pré de Champelo ;
· 6 deniers de commende sur le mas deu Cloupeu ;
· 6 deniers de commende sur le mas du Couzet ;
· 6 deniers de commande sur le mas de Chabannes ;
· 6 deniers de commende sur les deux mas de Pissavolp ;
· 6 deniers sur le mas de Népol ;
· 6 deniers de commende sur le mas de La Roche ;
· 6 deniers de commende sur le manse des Sauvages
· 10 deniers de commende sur le mas de La Garde ;
· 18 deniers sur le Mas, Lesquels seront levés (qui se lèvent) sur la place de Compreignac, le jour de l'Epiphanie
· 6 deniers de commende sur le mas de Planoza
Le tout situé en la paroisse de Compreignac tenu par Jean Sarrazin de Saint Junien
Hélie Bodoyer n'a plus seulement la gestion, mais il a ces biens en commande et Jean Sarrazin est l'époux de Sybille Bodoyette ( on féminisait les noms de famille pour les filles)

Nous avons également l'inventaire assez précis des biens possédés par Hélie Bodoyer :

§ En 1292, le jour de Saint Jacques et Saint Christophe :

Hélie est dit fils de Pierre Bodoyer

Il fait pour lui et pour ses frères et sœurs ; il reconnaît tenir du seigneur évêque, à foy et Hommage litge dénombrement :

Ses maisons ou hébergement à Compreignac, avec le verger et bois appelé de Champforn, situé entre les bois de Palustrat et de Madon (Maudan ?)
· Pierre Forgau de Compreignac et les héritiers de Gérald, son frère, lui doivent 2 setiers de seigle, mesure de Razès, 10 sols, et 8 deniers de rente
· Sur la maison de feu nommé Rosseu et sur ses tenues, lui est dû une émine froment et 4 sols 6 deniers de rente (Puy du Rousseau).
· Sur les tenues d'Aymeric Gani : 4 sols et un setier de seigle, mesure de Razès
· Sur les tenues de Pierre de Pomério : 1 émine de seigle et 4 sols de rente
· Sur les tenues du nommé Porchier : 7 sols 4 deniers, 1 setier de seigle 1 émine de froment de rente.
· Le pré de Champelo, valant environs 6 sols de revenu.
· La part qu'il a sur la dîme de la Ribeyrade, appelée du 1/3 et du ¼ , valant environ 8 setiers de seigle.
· Sur le Mas Vieux de Sieur Hélie Faulcon, chevalier : 3 setiers de seigle, 2 setiers d'avoine.
· Sur les tenues de Pierre et Jean Las Coux, qui demeurent au Mas de la Breuilhe : 4 sols 1 émine de seigle, 16 raz d'avoine. (ou 4 setiers émine de seigle et 16 raz d'avoine pour les héritages desdits) [Acte non signé, contenant d'autres articles coté LXLIIII An° 1] (le Mas Vieux semble être l'autre nom du Puy Meynier)
· Tout son droit sur la dîme de Cozet, valant environ 1 setier seigle
· Le pré de las Mazuras de Chata Miola, avec les terres et appartenances, valant environ 5 sols et 3 émines de seigle
· Sur chaque feu au Mas de Montchaud :1 raz et 1 comble d'avoine.
· Le pré des Essarts, sis entre les bois de Palutrat et de Chanforn, valant environ 10 sols de rente.
· Tout le droit que lui et ses tenanciers ont sur la forêt de Palutrat.
· Sur les terres et landes du sieur Guillaume de Razès, chevalier : 30 sols de rente
· Sur le Mas du Boucheron : 2 setiers et émine de seigle et 3 sols de rente.
· Sur le Mas de La Vauzelle : 3 émines seigle de rente

Tous les fonds cy-dessus sont situés en la ville et paroisse de Compreignac

· Le droit qu'il a sur la dîme Galant, même paroisse, valant environ 5 setiers de seigle de rente
· Sur la Tenue du nommé Lou Mour et demeurant à Vaulpailhac, de la paroisse de Saint Pardoux : 8 sols 1 émine seigle et 16 raz d'avoine de rente

C'est Aymeric Bodoyer qui succède au début du XIVe siècle, son épouse se nomme Arsende

Apparemment on a donné en dot à Sybille une partie des biens, en dot, lors de son mariage avec Jean Sarrazin C'était un homme important pour l'évêque de Limoges, qui lui donna en 1373 la capitainerie et la garde de Saint Junien On trouve cet homme sous le nom de Jean Bozon également

A partir de cette période, les bâtiments, leur site d'implantation et leur importance, firent que ce lieu fut appelé en latin « de Quadruvio »( du carrefour )nom que la famille Bodoyer prit. Ce nom, fut simplifié en « De Quadris » ou des Quars (ou des Cars). Mais le nom de Bodoyer subsista quand même et l'on trouve des actes dans lequel le seigneur faisant l'hommage est dit ; De Quadruvio alias Bodoyer

La dernière personne portant ce patronyme était une Marie de Quadris ; l'hommage que fit son époux, un membre de la famille Marcheix, montre que le couple ne possédait que quelques biens dans la paroisse

Cette famille importante avait en son sein un garçon, nommé Aymerigot Marcheix, qui, alors que ses frères étaient de fidèles chevaliers au service du roi de France, s'était lui, associé aux bandes de routiers au service des Anglais ; sa famille l'avait exclus et on le trouve dans un grand nombre des « razzias » faites en Limousin pendant la guerre.

La famille Sarrazin avait comme autre fief à Ambazac, le village du Mazet ; les biens acquis à Compreignac, par mariage, lui furent rattachés et on appela le tout « le fief du Mazet ». Il y avait eu dans cette famille des alliances importantes et on découvre que la plupart des villages de la paroisse était administrée par la famille Sarrazin, elle en avait hérité lors de mariages et lors de décès de frères sans succession

Un troisième groupe ou fief était resté dans les possessions de la famille de Razès : c'était le Puymeynier auquel étaient joint des biens à Saint Pardoux

Il y avait donc au moment de la guerre de 100 ans trois fiefs importants qui formaient une grande partie de la paroisse

Il y avait à l'extérieur des murailles entourant le bourg, un lieu allant actuellement au Lac et dans ce lieu avait été instituée une Maladrerie, c'est à dire un endroit où vivaient, mouraient et étaient enterrés les lépreux. On trouve des bâtiments, l'étang de la Maladrerie ( qui est l'origine du Lac) et les « chapelles » où étaient enterrés les lépreux. Ce lieu a subsisté et s'est appelé par la suite « le Vieux Cimetière ». Le cimetière paroissial se trouvait en face de la porte de la façade de l'église qui a été reconstruite, agrandie et surélevée par des fortifications. Ces travaux ont duré très longtemps.